Le Conseil des ministres doit discuter aujourd'hui le prélèvement à la source pour l’impôt sur le revenu pour 2018.

Impôts
Impôts © Getty / Luco Plesse

Est-ce une bonne idée ?

Evidemment. C’est stupide de faire payer l’an prochain un impôt sur un revenu que vous touchez maintenant. Si jamais vous perdez votre emploi, vous aurez un mal fou à régler l’impôt. Idem pour ceux qui partent en retraite. Mieux vaut payer tout de suite. Le principe est excellent, et la France est le seul pays européen avec la Suisse à ne pas l’avoir adopté. L’Allemagne s’y est mis dès 1920.

On aurait dû le faire bien plus tôt ?

Bien sûr, sauf qu’il y a plein de problèmes. Je vais en évoquer trois. D’abord, ce qui se passera pour les revenus 2017. Vous avez posé la question hier au secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, qui ne vous a pas vraiment répondu. Je vais vous annoncer la bonne nouvelle : vous ne paierez pas d’impôts sur vos revenus 2017. L’an prochain, vous paierez sur vos revenus 2016. En 2018, vous paierez sur 2018. Et rien sur 2017. Ca va inciter les petits malins à tenter de tricher. Des employeurs pourraient par exemple verser une grosse prime en 2017 plutôt que l’année d’avant ou d’après. Le gouvernement aura alors un dilemme : laisser faire et encaisser moins d’impôts. Ou faire la chasse aux tricheurs, mais ça sera très difficile de savoir si vous Pierre, par exemple, vous avez mérité une prime pour votre travail extraordinaire en 2017 ou en 2018.

Les entreprises ne doivent pas se réjouir de cette mesure…

C’est le deuxième problème : ça va leur faire du travail en plus. Christian Eckert explique que c’est une ligne à rajouter sur la fiche de paie, que ce n’est pas très compliqué et que ça ne coûtera pas cher. Je propose dans ce cas une mesure très simple, proposée par l’Institut de la protection sociale : comme ça ne coûte pas cher, le gouvernement pourrait payer la facture de la modification du logiciel de paie des entreprises, ou le temps supplémentaire passé par le petit entrepreneur à rajouter cette fameuse ligne.

Est-ce que le prélèvement à la source n’est finalement pas trop compliqué ?

Changer, ce n’est jamais simple, surtout quand l’administration est à la manœuvre. Et c’est le troisième problème : quand on passe au prélèvement à la source, on doit en principe en profiter pour donner un grand coup de balai dans le système, rendre le calcul plus simple, supprimer les centaines de niches fiscales bâties au fil des décennies. Mais pas question de se lancer dans un chantier pareil à moins d’un an de l’élection présidentielle. Je vous rassure donc, chers auditeurs : tout ça va rester extraordinairement compliqué.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.