« Les Echos », votre journal, présente ce matin un supplément spécial, un « audit de la France » avant la présidentielle.

C’est un exercice passionnant : mettre à plat de façon honnête (enfin j’espère) les atouts et les handicaps de la France, qui reste la 5ème puissance économique mondiale mais qui est menacée dans un monde dangereux pour les pays immobiles. Pour en parler ce matin, le mieux n’est pas de reprendre les indicateurs habituels du débat présidentiel même s’ils sont indispensables : déficits, chômage, commerce extérieur, coût du travail. On peut mettre en lumière cinq indicateurs, cinq chiffres, moins connus mais qui révèlent autant d’enjeux.

Alors, allons-y !

15 ans. C’est le p remier indicateur, sur le prix des logements. Acheter un studio de 30m2 (seulement) à Paris représente quinze ans de travail d’un smicard ; il y a vingt ans, c’était 9 ans alors que le Smic a largement augmenté. En euros courants, sur l’ensemble de la France, les prix dans l’ancien ont même doublé en dix ans ! Plus que tous autres, ces chiffres disent le drame du pouvoir d’achat. Les salaires ne grimpent pas assez, c’est sûr, mais la difficulté de se loger est terrible. Ni la gauche ni la droite n’ont trouvé la solution, qui imposerait de bousculer des rentes et des situations acquises. Premier enjeu.

Deuxième indicateur ?

42% . Cela concerne les finances publiques. Le fameux niveau de déficit public exprimé en pourcentage de la richesse nationale n’est pas concret. Ce qui l’est plus : se dire que sur 100 euros de dépenses, de salaires, d’interventions, l’Etat, l’an dernier, en a financés 42 – 42% - par l’emprunt, auprès des fameux marchés si méprisés. Notre schizophrénie sur ce point, deuxième enjeu.

Troisième et quatrième thermomètres ?

19 ans . Avant les réformes, nous avions, nous Français, la durée de retraite la plus longue parmi les pays développés. Calculée par l’OCDE, l’espérance de vie à la retraite - en clair le temps restant à vivre -, moins citée que l’espérance de vie tout court, atteignait à peu de chose près 19 ans ici, contre dix ans aux Etats-Unis, 14 au Royaume-Uni et 15 en Allemagne. Tant mieux, mais peut-on avoir raison contre tous ? Troisième enjeu, notre modèle social.

Quatrième indicateur : 1.324 milliards . C’est le montant des chiffres d’affaires réalisées par les entreprises du CAC 40 en France et dans le monde. C’est 50% exactement de plus qu’il y a dix ans. La France compte plus de leaders mondiaux que l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Des stars qui ont près de cinq millions de salariés, mais qui sont pourtant très critiquées. Quatrième enjeu : notre étrange relation à ce qui marche.

Dernier indicateur et conclusion ?

81%. Quatre Français sur cinq sont persuadé que les difficultés économiques vont s’accroître, contre un Européen sur deux, quatre américains sur dix et trois asiatiques sur dix. 15 ans, 42%, 19 ans, 1324 milliards, mais la conclusion c’est quand même ce 81%. La priorité absolue de la présidentielle devrait être de nous rendre collectivement moins dépressifs.

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