Vous commentez évidemment l’aveu par Jérôme Cahuzac de son mensonge sur un compte en Suisse.

On disserte beaucoup depuis hier soir, et on va disserter encore beaucoup sur les relations entre les politiques et l’argent, sur les relations entre les politiques et la vérité. Questions légitimes bien sûr. Mais la question première est celle-ci : qu’est ce qui relève de la dérive assez lamentable d’un homme ? Qu’est-ce qui relève de la faute d’un système ?

Et alors ?

La dérive individuelle d’un homme est patente, comme cela avait été le cas pour DSK, et d’autres avant lui comme Carignon. Certes, des ministres sont des hommes et des femmes comme les autres. Comme une partie des Français (heureusement pas tous), ils peuvent avoir eu dans leur vie des petits arrangements avec la loi et la vérité. Des heures de femmes de ménage non déclarées. Des travaux payés au noir. Fautes, pêchés, illégalités, mais véniels. En revanche, un ministre du Budget qui a été auparavant deux ans, président de la commission des finances, qui pourfend le crime fiscal, l’exil fiscal, tout en ayant un compte en Suisse non déclaré, c’est du jamais vu. On se met à la place ce matin des fonctionnaires de Bercy qui l’ont applaudi debout quand il a démissionné il y a dix jours. Dérive personnelle, oui.

Est-ce aussi la faute d’un système ?

C’est là qu’on avance sur des œufs, parce que c’est la lecture des populistes de droite et de gauche. Il y a des échecs du système. Quand un gouvernement s’installe, les services fiscaux enquêtent sur chaque ministre pour vérifier que tout colle. Ils relèvent souvent des broutilles. Là, il n’y ont vu que du feu, rien vu en Suisse et à Singapour. Allons plus loin : cela fait des années que des rumeurs courent sur Cahuzac et François Hollande ne pouvaient pas les ignorer. Mais on ne gouverne pas avec des rumeurs. Mais le système n’est pas en cause, sauf à se dire qu’il ne sait pas arrêter la boulimie de pouvoir de ses acteurs.

Au-delà de ce mensonge, plusieurs questions se posent.

1 – Le mensonge de Cahuzac est d’aujourd’hui, mais les faits remontent à vingt ans. La génération actuelle est-elle différente ? On l’espère, je le pense.

2 – Comme aux Etats-Unis, c’est le mensonge qui paraît insupportable, plus que la fraude. On peut élargir cet appétit de vérité de l’opinion aux promesses faites en politique. Le cynisme, les promesses non tenues scandalisent plus qu’autrefois.

3 – Jérôme Cahuzac était le seul ministre qui venait du secteur privé. En tirer une leçon générale sur la nécessité d’avoir des ministres fonctionnaires tente quelque uns. C’est idiot.

Un dernier mot sur une victime collatérale de ce scandale.

C’est beaucoup dire ! C’est Michel Sapin, ministre du travail, qui a fait un beau discours hier à l’Assemblée pour présenter la réforme du marché du travail. Beau, mais passé inaperçu. Déjà, le 11 janvier, jour de signature de l’accord, il avait été éclipsé par le Mali et la manif contre le mariage gay. Le 6 mars, passage en conseil des ministres du texte, il n’y en avait eu que pour la mort de Chavez. Quand ça veut pas, ça veut pas !

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