Le duo constitué à Bercy par Arnaud Montebourg, ministre de l’économie et du Redressement productif, et Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, peut-il fonctionner ?

Et on va prendre le pari (osé) que oui, il va fonctionner, avec des si. Depuis hier matin, reconnaissons-le, on entend partout le contraire. Circule même sur Twitter, associée à leurs deux noms, la couverture d’un album d’Astérix, le combat des chefs ! Le commentaire général est qu’entre Michel Sapin, habile, conciliant, rond, européen, social-démocrate assumé, et Arnaud Montebourg, flamboyant, carré, virulent contre l’austérité, la mondialisation aveugle et l’euro fort, (entre ces deux là l’idée est que) cela explosera. Au mieux, on aura une cohabitation. Pendant quelques heures, tout le Paris politique s’est même demandé qui occuperait le bureau le plus noble à Bercy, celui du 6ème étage et qui chapoterait le commerce extérieur.

Et vous croyez, vous, que ça peut fonctionner ?

Pour plusieurs raisons. La première est qu’ils affichent leur intention que cela marche. Et ils veulent que cela se sache. Hier soir, ils se sont rencontrés à Bercy pendant une heure et ils m’ont appelé – ensemble – pour affirmer que cela se passera bien et qu’il n’y aura pas de couac. Ets ils voulaient que je le répète sur France Inter. D’une même voix, ils m’ont expliqué (c’était touchant) que la parole de la France en Europe serait portée par Michel Sapin, mais que le débat en France serait ouvert et qu’Arnaud Montebourg aurait sa place. Ils se sont partagées la tutelle des directions de Bercy et se verront une ou deux fois par semaine.

Mais vous n’êtes pas obligés de les croire !

Certes non. Mais il y a une chose qui est sûre et elle est politique. La majorité et le gouvernement ont pris une telle raclée électorale aux municipales qu’ils vont éviter les dérapages. Les Français ont sanctionné pas seulement l’absence de résultats mais aussi le pataquès permanent. Un sondage CSA que Les Echos publie ce matin montre en tous cas qu’il n’y a pas d’état de grâce. 41% des Français font confiance à Valls, 47% non. Par ailleurs, ni Sapin ni Montebourg ne peuvent faire les malins, chacun porte sa croix, le chômage pour l’un, Florange pour l’autre. Enfin et surtout, le territoire de chacun est assez grand pour exister. A Sapin, la macro-économie, la fiscalité, les économies dans les dépenses et l’Europe = vaste programme ; à Montebourg, l’industrie, les déblocages de l’économie, le financement de l’économie – avec les banques -, le commerce, l’artisanat, bref, les entreprises = un empire aussi. Au total, on passe de sept à deux ministres !

En réalité, tout dépendra de la ligne décidée par leurs chefs, François Hollande et Manuel Valls.

Vous avez raison, c’est la question – à laquelle on n’a pas une réponse claire. Sur le niveau de l’euro ; sur le projet européen ; sur les déficits ; sur la rigueur. A eux deux, Sapin et Montebourg, ils incarnent peut-être la traditionnelle schizophrénie de la gauche sur l’économie, gestionnaire et contestataire, faisant de son mieux dans l’économie capitaliste telle qu’elle est ou rêvant de la changer toute seule. Si leurs chefs sont clairs, ils obéiront ; s’ils ne le sont pas, ils tireront à hue et à dia.

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