La CFDT est devenue le premier syndicat du secteur privé devant la CGT. Quelles conséquences ?

C’est un tournant historique, puisque la CGT était numéro un depuis 1895. La première conséquence est de se dire que l’univers économique ne suit pas nécessairement la même pente que la société politique. Sur le plan politique, Thomas Legrand vient d’en parler, il y a actuellement un engouement pour Jean-Luc Mélenchon, qui propose une rupture radicale avec le système économique. Mais dans les entreprises, c’est une organisation réformiste, la CFDT, qui vire en tête. Une organisation qui pense que le compromis est ce qui améliore le plus la vie des salariés. Le syndicat de Laurent Berger a dit oui aux premières réformes sur les retraites, mais en obtenant qu’un tiers des salariés partent plus tôt ; elle a dit oui à la loi El Khomri mais en imposant de gros reculs à Manuel Valls. Le paradoxe «victoire du réformisme en entreprise, poussée de la radicalité politique» s’explique par la proximité. Les salariés choisissent, dans leur entreprise, les plus à même de défendre leurs intérêts dans le cadre du possible. La politique, c’est le choix d’une personnalité, d’un horizon, plus que d’un projet très détaillé. Soyons complet : si on prend en compte la fonction publique, la CGT reste le premier syndicat.

Et quoi de neuf pour le prochain quinquennat ?

La victoire de la CFDT, qui est une revanche de ce syndicat face à ceux qui le qualifient bêtement depuis des lustres de jaune, (cette victoire) est embarrassante pour tous les candidats. Pour Marine Le Pen, qui surfe sur l’anti-syndicalisme, puisque les salariés du privé disent : nous existons. Six salariés sur dix votent aux élections dans les entreprises de plus de 11 salariés. Pour Jean-Luc Mélenhon et Benoît Hamon, plus proches de la CGT. Elle est embarrassante pour Emmanuel Macron, qui a expliqué un jour bizarrement que seul l’État défend l’intérêt général et certainement pas les corps intermédiaires. Elle l’est pour François Fillon, qui ne croit pas (en fait plus) au rôle des syndicats. Au total, ce nouveau paysage syndical ne sera pas facile pour le prochain président. Le bloc des syndicats réformistes (CFDT, CFTC, Unsa) pèse 41,21 %, le bloc de ceux que l’on appelle les contestataires, CGT et Force ouvrière, compte 40,44 %. Avec la CGC parfois en arbitre. Le paysage syndical, comme le paysage politique, est à un tournant, et lui aussi est encore dans le tournant.

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