Il y a un non-dit étonnant sur la réforme de la SNCF : on parle de tout sauf des retraites…

Réforme de la SNCF, personne ne parle des retraites
Réforme de la SNCF, personne ne parle des retraites © AFP / Philippe Huguen

C'est d’autant plus surprenant que le régime de retraite est au cœur du débat sur le statut des cheminots, avec la possibilité de partir à 52 ans pour les roulants, 57 ans pour les autres agents. Et les plus grands conflits à la SNCF, comme en 1995, se sont cristallisés dessus. Mais le gouvernement a dit d’emblée, la retraite n’est pas sur la table, ce sera un débat de 2019, dans le cadre de la grande réforme visant à établir un régime universel. 

C’est assez habile : on saucissonne les dossiers, et on aborde la question des régimes spéciaux non pas de manière isolée mais au moment d’une réforme systémique, où chaque euro cotisé doit donner les mêmes droits à tous. 

Sauf qu’en attendant, c’est assez anxiogène pour les salariés de la SNCF. Ils ont l’assurance de conserver leur statut – qui ne sera supprimé que pour les nouveaux embauchés – mais seulement une partie de ce statut, puisque les cheminots ne savent pas à quelle sauce ils seront mangés pour leur retraite. 

Ils en ont quand même une petite idée, et cette inquiétude est renforcée du fait que la fin des embauches sous statut va plomber le régime de retraite de la SNCF, déjà subventionné à hauteur de 3 milliards d’euros, puisqu’il y aura de moins en moins de cotisants. Et donc de plus en plus de pression pour y mettre un terme. 

Est-ce que cette stratégie de découplage est la bonne ?  

Oui, si le conflit ne s’éternise pas à la SNCF, si après deux semaines de très fortes grèves, la mobilisation ralentit à mesure que la majorité lâche un peu de lest au Parlement. Ce serait alors tout bénéfice pour le gouvernement, qui jouerait sur du velours l’année prochaine pour réformer les régimes spéciaux.  

Mais à un moment donné, il va falloir réussir à convaincre les syndicats réformistes de sortir du mouvement. Et j’ai du mal à imaginer qu’ils l’acceptent sans aucune assurance sur les retraites. 

Et là, attention à l’effet boomerang pour Emmanuel Macron. Il a indiqué que sa réforme des retraites s’appliquerait sur cinq ou dix ans. Si les cheminots devaient obtenir d’emblée une transition plus longue par exemple, c’est toute la réforme qui serait mise en danger. 

En résumé, ça passe ou ça casse.

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