L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ____La situation économique se dégrade de jour en jour chez l’un de nos voisins, un voisin dont on ne parle finalement pas beaucoup : l’Espagne. L’Espagne, ce sont les Etats-Unis à notre porte. Notre voisin présente des symptômes assez proches de ce que l’on voit en Amérique. C’est-à-dire, des bulles qui éclatent les unes après les autres : celles de l’immobilier et de l’endettement. Et cela fait mal, très mal. Il faut se répéter à voix haute le chiffre pour se rendre compte de ce qu’il signifie : en Espagne, le nombre de chômeurs a augmenté de 900.000 depuis un an. Dont 170.000 le mois dernier, on l’a appris hier. Nous ici en France, nous pensons encore aujourd’hui à l’Espagne comme le pays où des retraités vont couler des jours heureux, où il est possible d’acheter une résidence secondaire, où les étudiants vivent comme dans le film de Cédric Klapisch « L’auberge espagnole ». Aujourd’hui, le ciel est peut-être toujours bleu mais le climat a changé : après 14 années de croissance à près de 4% par an, l’investissement et le prix des logements dégringolent, les ventes de voitures chutent de 40%. Et, donc, il y a trois millions de chômeurs. En Espagne, la fête a été belle mais elle est finie. Que s’est-il passé ? Le miracle économique était un château en Espagne, il ne pouvait durer. Le pays a vécu une frénésie immobilière invraisemblable qui a fait tripler les prix en dix ans. Comment les ménages sont-ils devenus propriétaires ? Grâce à des taux d’intérêt réels négatifs, en dessous de zéro. C’est simple. La banque centrale européenne décide d’un taux d’intérêt unique pour 15 pays. Si ce taux est de 2%, mais que l’inflation d’un seul des pays est de 4%, comme l’Espagne longtemps, il faudrait être fou pour ne pas emprunter. C’est ce que les Espagnols ont fait... au-delà du raisonnable et à taux variable. L’Espagne a donc été un immense chantier, financé aussi, pour les autoroutes et chemins de fer, par les aides de l’Europe. Tout cela a caché une faiblesse de l’industrie et des exportations. Le pays a donc un déficit de sa balance des paiements courants considérable. Avant l’euro, tout cela n’aurait pas tenu longtemps. Mais avec l’euro, aucune crise de change n’a tiré la sonnette d’alarme. Face à cela, que fait le chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero ? Politiquement, sa situation est délicate puisque les prévisions parlent d’un taux de chômage à 14% l’an prochain. Mais comme tout le monde, le chef de gouvernement socialiste fait de la relance. Il a quand même un avantage par rapport à beaucoup d’autres pays. C’est la situation de ses comptes publics, excédentaires l’an dernier. Cela a permis de dégager des sommes gigantesques. Et cette situation espagnole nous concerne de près. Elle concerne d’abord l’Europe. En 2005, 2006, les Européens ont averti les Espagnols, dans le huis clos des réunions à Bruxelles, qu’ils allaient dans le mur. Sans effet. Et puis, la France est touchée parce qu’il y a 1.500 entreprises françaises qui travaillent de l’autre côté des Pyrénées. Enfin, deux de nos voisins sont dans une situation critique - la Grande-Bretagne et l’Espagne - ils souffrent de la même maladie, et on préférerait qu’ils aillent mieux. On en parle moins que des Etats-Unis, mais cela nous touche de plus près.

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