La pression monte sur les banques pour qu’elles desserrent le robinet du crédit et accompagnent la reprise.Cela ne s’est pas beaucoup vu, mais le gouvernement, hier, a convoqué les banques au sommet de crise auquel participaient le patronat et les syndicats. Alors qu’elles ont bénéficié de flots d’aides, il leur est toujours reproché d’avoir une politique de crédit frileuse vis-à-vis des ménages et des entreprises. Du coup, les plus hautes autorités politiques les ont sermonnées et décidé des mesures contraignantes. Mais en fait, dès hier matin, sentant le vent du boulet, les banques avaient annoncé des milliards d’euros de crédits en plus. Vous avez beau chercher, vous n’avez pas entendu parler de ce sommet ? C’est normal, c’est en Allemagne qu’il a eu lieu et que Angela Merkel a fait les gros yeux aux milieux bancaires et nommé un médiateur du crédit comme en France. Et en France, justement ?Il y a déjà eu plusieurs convocations des banquiers, il y a donc un médiateur et pourtant le crédit reste « mou ». Faut-il néanmoins en vouloir aux banques ? Ce n’est pas sûr et cela mérite une explication. Si on regarde les chiffres publiés hier par la Banque de France, le constat est sans appel. En cumul sur douze mois, le volume des crédits distribués à l’économie a reculé en octobre par rapport à septembre de près de 6 milliards, et de près de 25 % en un an. En clair, le système financier a distribué, depuis un an, 110 milliards d’euros de crédits de moins qu’avant. C’est énorme, mais la question est de savoir si ce sont les banques qui ont verrouillé leurs coffres ou si ce sont les clients qui les boudent. Panne de l’offre de crédit ou de la demande de crédit parce qu’il n’y a pas d’investissements ? Et la réponse est ? On a du mal à l’avouer parce qu’il est plus politiquement correct, plus tentant, moins risqué, de dire que les banques ne font pas leur travail. Mais – et je sais que beaucoup d’auditeurs ne le croiront pas -, mais il semble bien que l’explication soit du côté de la demande. Quand on épluche les statistiques, on voit que les crédits aux ménages remontent, grâce aux bas taux d’intérêt, à la reprise de l’immobilier. C’est du côté des entreprises que la pente reste descendante. Mais, là encore, il faut regarder de près. Alors qu’elles devraient être les premières victimes de la mauvaise volonté des banquiers, ce n’est pas pour les PME que le crédit reste rare, c’est pour les grandes entreprises. Pour une raison technique : ces dernières se financent directement sur les marchés financiers. Les banques sont donc hors de cause ?Non, le médiateur du crédit n’aurait pas eu besoin de débloquer près de deux milliards d’euros de crédits s’il n’y avait pas ici et là des blocages. Mais plutôt que leur bilan dans la crise, la question à poser aux banques est l’attitude qu’elles auront dans la sortie de crise, quand les entreprises réinvestiront. C’est à ce moment là qu’elles devront justifier par la preuve les grandes campagnes de publicité qu’elles se sont offertes ces derniers mois. Et là, les pouvoirs publics et les médias auront raison de maintenir la pression, en France comme en Allemagne.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.