Vous revenez bien évidemment ce matin sur les décisions du gouvernement concernant Florange.

Oui, car la bataille avec Mittal comme son issue renvoient à une question classique : la confusion entre le pouvoir et les moyens que ce pouvoir donne. Le gouvernement actuel a la quasi totalité des pouvoirs : Elysée, Matignon, Assemblée, Sénat et presque toutes les régions, les départements. C'est rare. Cela lui a donné l'illusion qu'il a beaucoup de moyens de peser sur les événements, que le volontarisme suffit, qu'il suffit de vouloir pour pouvoir. Florange comme PSA confirment que non. On peut avoir tous les pouvoirs et peu de moyens.

Bon, parce que Mittal a gagné ?

Tout a été dit depuis vendredi, oui. Le fait que Jean-Marc Ayrault annonce ses décisions à 21 heures, après la fin des JT, montre qu'il le sait. Sur le fond, les hauts fourneaux ne redémarrent pas, il n y a pas de nationalisation, pas de repreneur et Mittal reste en France. Certes, pas de licenciement, mais les grands groupes ont de toute façon des obligations de reclassement. Les 36 millions d’euros d’investissement par an, ce n'est pas beaucoup plus que ce que le groupe a investi ces dernières années. Mittal sera surveillé, mais les perdants, ce sont ceux qui ont fait naître des espoirs infondés.

On en revient aux pouvoirs et aux moyens ...

Oui, le débat ne portait pas sur nationalisation ou pas nationalisation ou sur la ligne souverainiste ou sociale libérale du pouvoir. Il y avait une seule question : y avait-il une alternative économique crédible ? C’est vulgaire de le dire ( !), mais les faits économiques comptent. Le gouvernement ne peut pas empêcher la hausse du prix de l’essence, PSA de fermer Aulnay, Doux d’avoir des problèmes et Sanofi de se réorganiser. Ou le marché de l'acier d’être en surcapacité.

Les Français étaient favorables à la nationalisation, selon les sondages...

Nous entretenons deux mythes que j’appellerais : le polar et le trésor caché. Le polar : il y a un complot, si les entreprises agissent, c'est toujours contre les salariés pour des fausses raisons. Le mythe du trésor caché : il y a toujours quelqu’un qui peut payer : quand on est à gauche, les riches, la finance, le CAC 40, l’État, quand on est a droite, les faux chômeurs et les tricheurs. Illusions !

Mais les entreprises comme Mittal ne sont pas des saintes !

Elles font des erreurs, ont des intérêts propres. C’est pour cela que la puissance publique n’est pas illégitime à avoir un avis ou une action. Airbus, le TGV, le nucléaire l’ont montré, La perte de Pechiney l’a confirmé. Mais à condition d’avoir des munitions et de ne pas regarder avec les seules lunettes politiques la réalité économique. Où était, à Florange, le plan B ? Nulle part.

Quelles sont les victimes de cet épisode ?

La méthode Hollande qui laisse chacun s’exprimer comme il le veut pour trancher a la fin. Parce que cette méthode fait des cocus. À l'intérieur du gouvernement : Montebourg. Ça, ça n'est pas très grave, sauf pour lui. Mais surtout à l’extérieur, tous ceux qui ont cru aux miracles. Ça, c’est plus grave.

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