La crise actuelle va-t-elle provoquer un tournant de la politique économique et fiscale ? C'est probable au vu du climat actuel et des débats déjà relancés sur la justice fiscale et le pouvoir d'achat. Et ce sera dommage.

C’est probable. La période actuelle aura sans doute pour conséquence -entre autres- la fin de la politique économique favorable à la compétitivité et aux entreprises, ce que l’on appelle la politique de l’offre. 

Depuis le début du quinquennat, Emmanuel Macron, comme François Hollande sur une partie du sien, s’est donné comme priorité de restaurer la compétitivité des entreprises, compétitivité abîmée par dix ans de crises. 

Pour créer de la croissance et de l’emploi. La loi Pénicaud, la diminution des cotisations patronales au niveau du Smic, la demi-suppression de l’impôt sur la fortune (hors immobilier) pour que les capitaux reviennent, la baisse de l’impôt sur les sociétés : les mesures fiscales sont allées dans ce sens-là, y compris quand a été décidé, il y a dix jours, de ne pas alourdir les taxes sur les carburants du secteur des transports. 

L’exécutif assure qu’il ne changera pas de cap, mais les oppositions de droite comme de gauche comme les revendications tous azimuts des gilets jaunes poussent clairement plus du côté du pouvoir d’achat que des entreprises. 

Le gouvernement va payer cash le brouillard créé autour de la politique fiscale pour les particuliers : une taxe d'habitation supprimée en trois fois, un allègement de cotisations sociales effectué en deux fois alors que la hausse des impôts sur les carburants suit son cours et que l'ISF a été raboté dès le début.  

Le débat est déjà reparti sur l’ISF et même un député de la majorité, Bruno Bonnell, souhaite une évaluation des effets de sa suppression, ce qui au passage va être techniquement compliqué parce que cette suppression n’a que quelques mois. Sur le fond, la suppression de l'ISF était nécessaire dans la mesure où cela fait trente ans que des capitaux quittent le pays et que cet impôt n'existe plus nulle part. 

Bref, le vent ne souffle plus du côté de l’offre et si Edouard Philippe a annoncé la semaine dernière qu’il n’y aura pas, le 1er janvier, de coup de pouce au Smic, le quinquennat entre aujourd’hui dans une nouvelle phase.

Avec quel bilan de la première phase ?

On peut débattre à l’infini des liens entre l’économie, notamment internationale, et la politique économique nationale. Mais le fait est que plus de 700.000 emplois marchands ont été créés depuis début 2015 et que le chômage a reculé de 1,5 point. Le taux de marge des entreprises remonte, mais il reste encore en dessous de son niveau d’avant-2008. 

S’agissant du pouvoir d’achat, la modération salariale d’abord liée au passage aux 35 heures puis à dix ans de trop plein fiscal ont rogné les revenus. En face, des transferts sociaux supplémentaires ont néanmoins été financés. 

On dit tout cela avec prudence et humilité mais ce n’est pas parce que ces explications rationnelles et globales pèsent peu face à la totalité des cas individuels qu’il ne faut pas les donner.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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