Valéry Giscard d'Estaing se définissait comme un libéral avancé, son action et ses réformes économiques se sont fracassées sur le mur de deux chocs économiques. La France qu'il présidait nous apparaît très lointaine. Sa trace est surtout européenne.

Le bilan économique de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing
Le bilan économique de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing © Getty / Daniel SIMON/Gamma-Rapho

Il est difficile d’évoquer le septennat de VGE sans penser d’abord aux deux chocs pétroliers (1973 et 1979) qui ont fait sortir la France des Trente Glorieuses et l’ont fait entrer dans une impression de crises qui, depuis, n’en finissent pas.

Giscard, cet homme à l'intelligence exceptionnelle, n’en était lui-même pas dupe, il craignait qu’il ne reste rien de son action politique. Je le cite : 

Nous dessinons des signes sur le sable ; et vous savez ce qu’en fait la marée". 

Il aurait voulu être infiniment plus réformateur que Jacques Chirac (et il l’a été dans le domaine sociétal), mais son bilan économique et social a été ténu. 

On lui doit tout de même la généralisation de la sécurité sociale.

Face aux crises, comme ses successeurs, il a pratiqué le "stop and go", en refroidissant l’économie d’abord (on disait ça à l’époque), puis en la relançant (avec Chirac), puis en la purgeant (avec Raymond Barre), puis en la libéralisant (plus mollement que Margaret Thatcher).

Las, l’inflation reste à deux chiffres et quand il quitte l’Elysée, la France compte 1,6 million de chômeurs, quatre fois plus qu’au début de son septennat – mais les erreurs économiques seront plus lourdes encore avec Mitterrand en 1981-1982. 

Les pas de Giscard les plus accomplis se font sur l’Europe avec la création du Système monétaire européen (avec des dévaluations minimes possibles), ancêtre de la monnaie unique. Le dialogue franco-allemand est le legs le plus puissant de cette époque (VGE participait encore il y a quelques années à des rencontres à l'ambassade allemande à Paris).

Mais on parle d’une France qui n’existe plus

Une France en sépia. Il y a une nostalgie du monde d’avant, fausse, parce qu’on vit mieux aujourd’hui à tous points de vue. Mais jusqu’à lui, la croissance tournait à 5% par an, depuis on flotte entre 1 et 2%. Dans le débat public encore aujourd’hui, on évoque 1974 parce que c’est la dernière année où les comptes publics ont été en équilibre. 

Cette France-là pesait économiquement plus fort, Giscard a inventé le G7, la réunion annuelle des pays les plus riches, mais c’est aussi -cela nous paraît si loin- le président qui pardonne à Leonid Brejnev l’invasion de l’Afghanistan et accueille à bras ouverts l’ayatollah Khomeiny réfugié en France. 

Pour nos auditeurs qui ont le plus de mémoire, les années Giscard, ce sont celles de l’ouverture de la première Fnac rue de Rennes à Paris, du rachat de la CII par Honeywell Bull (l’échec de l’informatique made in France), du projet de Super-Phénix, du nucléaire de deuxième génération, du Concorde qui atterrit à New York, de la naissance d’Elf-Aquitaine et d’Ariane 1. 

Mais pour vous dire comme cela paraît loin, Emmanuel Macron avait deux ans et demi quand VGE a quitté l’Elysée, et le communiqué qu’il a publié cette nuit, qui ressemble à une fiche Wikipedia, est infiniment plus désincarné que celui, lyrique, publié pour la mort de Maradona il y a dix jours !  

Giscard l’avait pressenti : les signes, le sable et la marée....

Le paradoxe est que VGE est le seul de ses prédécesseurs qu'Emmanuel Macron, qui lui ressemble, n'a jamais célébré - craignant sans doute le parallèle sur l'exercice solitaire du pouvoir.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter