L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __François Fillon a donc présenté hier à Lyon son plan de relance. Il prévoit 1.000 projets dans toute la France. Est-ce un bon plan ? Il est réussi sur le plan technique, habile sur le plan psychologique, mais son effet est, sur le plan économique, par nature incertain. Et il est encore insuffisant sur le plan politique. Sur le plan technique, il n’y a pas grand chose à lui reprocher. On ne peut pas dire que le gouvernement jette de l’argent par les fenêtres ou dans le sable : les travaux routiers, ferroviaires ou de rénovation d’universités, de prisons, seront faits pour longtemps. Ensuite, les projets dormaient dans les cartons, ils sont simplement ressortis. Enfin, ils seront gérés au plus près du terrain. C’est bien. Voilà pour la technique. Maintenant, sur le plan psychologique, c’est un vrai tour de force. Le nombre affiché, 1.000 projets, fait très marketing, mais il assure à chaque Français qu’il y a un projet concret à côté de chez lui. Là, le saupoudrage est totalement assumé par le gouvernement. Mais le plan est incertain sur le plan économique. Ses effets sont incertains, comme pour tous les plans de relance. Côté positif, une grande partie des économistes continuent de penser que le choix de l’investissement est meilleur que celui de la consommation pour l’instant : en France, la consommation ne s’effondre pas, les dépenses sociales jouent un rôle d’amortisseur. Et puis, l’investissement permet d’aider des PME du secteur du BTP, secteur clé pour l’emploi. En revanche, c’est vrai que le levier de l’investissement public est plus lent, il faut du temps pour que les projets démarrent. Il faut aussi que tous jouent le jeu, Etat, collectivités locales, entreprises publiques. Cela n’est pas gagné. Il faudra voir aussi si les projets sont suivis d’effets. On a trop l’habitude des effets d’annonce. Un exemple : la liaison Lyon-Turin est ressuscitée mais cela fait vingt ans qu’on en parle. Au total, cela veut dire que tout chiffrage des effets de ce type de plan est impossible. Insuffisance aussi sur le plan politique. Politiquement, le message du gouvernement est simple : nous agissons, le PS critique, les syndicats manifestent, nous agissons. Il assume en même temps ses contradictions : quinze mois après le Grenelle de l’environnement, le plan n’est pas « vert » parce que les routes sont plus rapides à lancer que les TGV. La première difficulté politique, c’est de mettre en cohérence les 1.000 projets et les milliards d’euros déjà injectés dans les garanties bancaires, les PME, l’automobile demain. Dans certains cas, c’est de l’argent prêté, aux banques, dans l’autre, c’est du cash, mais la confusion est redoutable. La deuxième difficulté, c’est la course entre la hausse du chômage, et les plans de relance. Les mauvaises nouvelles s’accumulent et les gouvernements sont sommés de réagir sans cesse alors qu’ils ne peuvent qu’atténuer la crise. Alors, aussi, qu’ils tâtonnent tous et ne savent pas exactement sur quel bouton appuyer. De ce point de vue, le plan d’hier ne suffit pas à répondre aux manifestations de jeudi. Il y aura certainement d’autres plans. C’est pour cela que les gouvernements ne veulent pas gaspiller leurs cartouches d’un coup. Surtout que le paysage change tout le temps. Hier, la planète financière ne parlait que d’une chose : le retour à la case départ pour les banques, dont la situation reste très mauvaise, surtout aux Etats-Unis. Il faut donc se convaincre à nouveau que sauver les banques est plus vital que construire des autoroutes. Pour le reste, les effets des plans de relance, personne n’en sait rien.

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