Barack Obama a présenté hier une mesure-choc de son budget 2016 pour taxer le trésor de guerre des multinationales américaines.

Une mesure-choc contre l’argent que ces entreprises amassent à l’étranger, qui ne revient jamais sur le sol américain et qui échappe à tout impôt. La faiblesse politique d’Obama exclut la réussite de son opération. Mais il met le doigt sur un des problèmes majeurs des Etats face aux trous noirs de la mondialisation. La multinationale est mondiale, quand l’Etat, lui, est local. Les uns et les autres ne jouent pas dans la même catégorie, ne sont pas à armes égales. J’ajoute : on le regrette.

Pour comprendre, rien de plus parlant que l’exemple d’Apple.

La firme à la pomme a une image sympa, relax, cool, détendue - mais l’entreprise est la reine de l’optimisation fiscale. Elle stocke 88% de ses bénéfices à l’étranger, soit 130 milliards de dollars ! S’ils revenaient aux Etats-Unis, ces bénéfices seraient taxés au prix fort. Alors, où sont-ils ? Pas dans les grands pays européens : Apple y paie moins de 2% d’impôts. Alors où ? A Dublin, en Irlande, ou dans les paradis fiscaux exotiques. Au total, les géants high-tech ou de la pharmacie ont accumulé 2.000 milliards de dollars hors du sol américain. Cet argent, Microsoft l’a utilisé pour racheter les portables du finlandais Nokia.

Barack Obama propose donc une réforme.

Une taxe exceptionnelle de 14% des bénéfices stockés à l’étranger. 238 milliards de dollars qui seraient consacrés à la modernisation des infrastructures américaines : ponts, routes etc. Pourquoi çà ne marchera-t-il a priori pas et pourquoi s’agit-il sans doute d’une posture du président américain ? Parce qu’’il n’a pas la majorité au Parlement et qu’il agite un chiffon rouge sous les yeux des Républicains en voulant aussi une hausse de la fiscalité des ménages les plus aisés.

Le problème va donc rester entier ?

Non, parce que la pression internationale, de la Grande-Bretagne, de l’OCDE, de l’Union européenne, monte, ce qui est logique quand les caisses sont vides. Et c’est bien normal parce que, on le disait, les firmes mondiales utilisent avec trop d’habilité les atouts et les failles de la mondialisation. Apple fabrique ses téléphones en Chine, là où le travail est le moins cher, les exporte dans le monde entier parce qu’il n’y a plus de droits de douanes, et déplace ses profits (les plus importants jamais réalisés) là où ils sont le moins taxés. Alors, qui est coupable ? Le cynisme pas cool du tout d’Apple, de Google et des autres ou les Etats incapables de se mettre d’accord ? Les deux, capitaine Patrick !

Vous plaidez pour que les Etats prennent la main ?

Oui, çà a l’air de vous étonner ! Certains (rares) auditeurs aimeraient parfois caricaturer le chroniqueur qui vous parle en ultralibéral sans morale et sans frontière. Trop facile et archifaux ! Le libéralisme, ce n’est pas la loi du plus fort, c’est celle du meilleur. Apple et les autres seraient-ils moins bons avec plus d’impôts ? Non ! Alors, ils doivent payer plus.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.