L'édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __Depuis hier, des experts planchent à Paris autour d'une conférence sur la création de la taxe carbone. Le projet avance-t-il ? Une conférence gouvernementale présidée par Michel Rocard. Oui, le projet avance et c'est une première qu'un nouvel impôt soit accepté par la droite, la gauche, le patronat et les syndicats. Vous vous souvenez du débat quand Jean-Louis Borloo avait voulu taxer les assiettes et les couverts en plastique avec la taxe pique-nique ! La création de la taxe carbone, dite contribution énergie-climat, a été confirmée par Nicolas Sarkozy à Versailles. Son principe est logique. Ne pas réduire les émissions de CO2 aujourd'hui causerait des dommages, climatiques, politiques et économiques, qui coûteraient cinq à vingt fois plus cher demain. L'arme fiscale est une des trois armes possibles pour changer les comportements, avec les normes - l'exemple des ampoules à incandescence bientôt interdites - et avec les quotas de CO2, imposés à 10.000 entreprises européennes. Mais une fois qu'on a dit cela, tout reste à faire. Quelles sont les conditions économiques ? En effet, il ne suffit pas de sauter sur sa chaise en criant " la taxe carbone, la taxe carbone ". La première question, c'est de voir les effets sur la croissance d'une nouvelle taxe sur le gaz, le charbon, le pétrole. Et là, on connaît la réponse. Cela n'a pas posé de problème à la Suède et la Norvège. En France, Bercy a publié une étude qui conclut aussi que cette taxe aurait un impact positif. Mais à une condition, et c'est le second point : que l'Etat ne garde pas l'argent mais le redistribue. Que la taxe soit neutre sur les prélèvements obligatoires, Michel Rocard l'a martelé hier, Nicolas Sarkozy l'a promis. Cela a l'air tout simple, mais c'est compliqué. Des calculs encore confidentiels montrent que, pour commencer à respecter les objectifs de CO2, cela coûtera en moyenne 200 euros par an à un ménage qui se chauffe au gaz et a une voiture diesel. 200 euros en plus de la TIPP déjà payée bien sûr. Et ce chiffre augmentera chaque année. Il y a beaucoup de réglages. Faut-il seulement taxer le gaz, le fioul, peu taxés, et l'essence, qui l'est déjà beaucoup ? C'est le plus simple. Ou taxer tous les produits dont la production pollue ? C'est presque impossible. Si on veut la neutralité fiscale, quels autres impôts baisser ? La taxe professionnelle des entreprises, Bercy en rêve, mais pas les ménages. Les cotisations sociales pour alléger le coût du travail ? Que faire pour les populations les plus fragiles, ménages modestes, agriculteurs, pêcheurs ? Toutes ces questions font qu'il y a une hésitation sur le calendrier, 2010 ou 2011, et sur l'ampleur de la taxe, ce sera moins de 10 milliards. Ne peut-on pas faire plus simple ? On peut se dire que la TIPP est déjà élevée, que c'est en fait une taxe carbone, et que la flambée du prix du baril est plus efficace puisque, avec le bonus malus, elle a déjà modifié l'attitude des automobilistes. Ce n'est pas faux. A deux nuances près : 1 - ce n'est pas suffisant pour le climat. 2 - l'argent de la hausse du pétrole va aux pays producteurs, l'argent de la taxe carbone restera ici. Donc, oui à la taxe carbone. Mais à condition de faire simple et de convaincre les Français que ce nouvel impôt n'est pas un hold up masqué.

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