Vous revenez bien sûr sur l’audit de la Cour des comptes sur les finances publiques. Pour commencer, une remarque générale si vous voulez bien : la période actuelle pose la question du rapport entre les politiques et la vérité. Pendant cinq ans, le couple Sarkozy-Fillon a refusé le mot rigueur - le mot et la chose au début, le mot ensuite. Il a longtemps vendu la rigueur aux marchés financiers à l’extérieur, et la relance aux Français. Aujourd’hui, le tandem Hollande-Ayrault, qui ne jurait que par la relance européenne avant les élections, parle désormais de redressement aux Français. Dans sa campagne, Nicolas Sarkozy jurait que les déficits reculeraient sans hausse d’impôt ; François Hollande laissait entendre que cela se ferait sans toucher aux dépenses. Partout, c’était le flou pour gagner. Cynisme, hypocrisie ? En tous cas, drôle de rapport à la vérité.Cela dit, le gouvernement actuel va vers la rigueur ou pas ? La gauche semble prête à assumer des décisions difficiles, y compris sur les dépenses. Elle a tort d’avoir pêché (menti) par omission, elle a raison d’y aller parce qu’elle n’a pas le choix.Venons-en à l’audit : que faut-il en retenir ? Que le coup de l’héritage, du cadavre dans le placard, a fait pschitt. Le gouvernement Fillon avait sous-estimé les dépenses de un à deux milliards, ce n’est rien ; il avait surestimé les recettes, mais cela reste modeste. En fait, le plus important est que la Cour indique la hauteur de la marche pour diminuer le déficit public. Six à dix milliards cette année, et 33 milliards de plus l’an prochain, en 2013. Au total, avec d’autres zakouskis, on n’est pas loin de 50 milliards. Cette marche est énorme.Avec quelles propositions concrètes, Dominique ? La cour propose d’alourdir la CSG pour les retraités, de remonter la TVA restauration, d’oublier la construction de lignes de TGV non rentables. Elle suggère aussi un relèvement de la TVA ou de la CSG. Les esprits malicieux - il y en a partout - relèveront que Jérôme Cahuzac, le ministre du budget, a écarté hier toute hausse de la TVA pour 2012. Il n’a rien dit sur la CSG... La Cour des Comptes pose aussi l’alternative : ou on baisse le nombre de fonctionnaires, ou on les paie moins. C’est clair.Au total, cet audit, qui sert-il ? La cour des comptes a bien travaillé. Elle a même mis en annexe tout ce qu’ont fait nos voisins. Instructif ! Maintenant, on voit que le gouvernement est pris à revers : il attendait un procureur de la période Sarkozy ; il a un avocat de la vraie rigueur, un médecin avec une ordonnance précise qui ne limite pas le remède à des hausses d’impôt. Difficile d’accuser Didier Migaud d’être un ultra-libéral ! L’opposition, elle, est inaudible : on ne sait pas si elle trouve qu’il y a trop de rigueur ou pas assez ; Enfin, les commentateurs vont être (nous) à l’épreuve. Dès que la cour des comptes parle, on entend, bravo, voilà ce qu’il faut faire. Et dès qu’un gouvernement devient concret, on lui tombe dessus ; on verra la constance des uns et des autres.Une anecdote pour finir...

C’est l’été ! Ressortie par mon confrère, des Echos, Guillaume Tabard. Dans les années 1980, Charles Pasqua racontait qu’en entrant à l’Elysée, François Mitterrand avait trouvé trois enveloppes à ouvrir successivement en cas de difficultés économiques. «?Invoquez l’héritage?», disait le premier message. «?Invoquez la crise internationale?», disait le deuxième. La situation ne s’améliorant pas, le chef de l’Etat aurait trouvé ce dernier message?: «?Recopiez les trois enveloppes et passez-les à votre successeur.?» C’était au temps du tournant de la rigueur !

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