Vous nous parlez de l’entreprise française de covoiturage BlablaCar, qui a annoncé hier une levée de fonds de 100 millions de dollars. Pourquoi est-ce intéressant ?

C’est intéressant parce que c’est un triple symbole : il y a des Français qui réussissent dans le monde des startups ; le tsunami du numérique bouscule tous les secteurs les uns après les autres ; et c’est la confirmation que ce qu’on appelle l’économie collaborative, d’usage et non plus de possession, va au-delà d’une niche pour parisiens bobo. Disons un mot de Blablacar pour ceux qui ne connaissent pas ce site Internet qui met en relations des automobilistes et des passagers pour partager un trajet. Soyons concrets : vous voulez aller de Paris à Lyon, le site vous trouve une place dans une voiture qui va à Lyon, il vous en coûtera 30 euros, contre au moins le double en train. L’entreprise, qui a huit ans, affirme transporter un million de personnes par mois et avoir huit millions d’inscrits. C’est considérable. Mais elle réalise un chiffre d’affaires de seulement quelques millions d’euros…

… Et malgré cela des investisseurs sont prêts à miser 100 millions de dollars, 73 millions d’euros ?

Des investisseurs de la Silicon Valley, en Californie, qui ont l’habitude de sentir le succès. Ils croient en l’étoile de Frédéric Mazella, le patron de BlablaCar. Au-delà de la France, l’entreprise s’est installée dans toute l’Europe et démarre même en Russie.

C’est une nouvelle économie, Dominique, qui se met en place ?

Transports, musique, films, commerce, presse : on voit que partout le numérique abat une après une les barrières et les intermédiaires. C’est internet qui met en relation directement ceux qui possèdent une voiture et ceux qui veulent monter dedans - on est loin du vieil auto-stop aléatoire. Mais, là avec cet exemple précis, Internet est au service d’un concept, celui du partage des biens. Ce partage, ce n’est pas seulement la perceuse empruntée à votre voisin, ce sont les échanges de logements et de services, les plates-formes d’enseignement (les MOOC) , etc.

Est-ce dangereux pour l’économie que nous connaissons ?

Oui et non ! Blablacar concurrence la SNCF, cela ne fait aucun doute. Mais dit-on que les avions low cost ont tué les compagnies aériennes traditionnelles ? Non, elles les concurrencent et font voyager des gens qui ne voyageaient pas auparavant. Au passage, notons que ce type d’économie – deux appartements échangés, trois personnes au lieu de deux dans une voiture - n’est pas comptabilisé dans les chiffres de la croissance. La seule chose qui se compte, c’est le fait que voyager pour deux fois moins cher représente de l’argent économisé qui ira ailleurs !

Est-ce que ces systèmes d’échange peuvent s’étendre davantage ?

Excellente question. Disons que les plus jeunes cumulent les trois ingrédients qui garantissent le succès du partage. Ils ont du temps, ils ont l’énergie de rentrer dans des circuits plus complexes que l’achat pur et simple mais ils n’ont pas d’argent. Les adultes confirmés et mûrs, eux, ont de l’énergie, davantage d’argent, mais moins de temps. Ils sont moins concernés a priori. Enfin les plus âgés ont du temps, mais moins d’énergie et souvent moins d’argent. Donc, oui, l’économie du partage a de l’avenir mais peut-être pas autant que ses militants l’espèrent.

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