Le Medef, l'organisation qui représente les entreprises, va ce matin choisir le successeur de Pierre Gattaz.

Deux candidats sont en lice, deux dirigeants d’entreprise : Alexandre Saubot, aux commandes d’une entreprise familiale de 1 700 personnes qui vend des nacelles élévatrices, et Geoffroy Roux de Bézieux, qui il y a longtemps a créé Virgin Mobile, et depuis bien d’autres sociétés.

Le scrutin est incertain, franchement, ce sont 556 grands électeurs qui vont se prononcer par un vote électronique, et on ne va pas raconter par le menu cette campagne patronale et ses rebondissements. Car l’essentiel est ailleurs. 

Quel qu’il soit, le vainqueur va trouver un Medef en vraie crise, en perte de légitimité, et son job sera d’essayer de le redresser. Ceux qui veulent être gentils avec le Medef disent qu’il n’est jamais facile de porter une voix économique quand le pouvoir aide les entreprises, comme c’est le cas actuellement, et comme cela a été le cas dans la seconde partie du quinquennat précédent. Ce n’est pas faux. 

Mais la vérité est que le Medef a commis trois erreurs. 

La première est qu’il s’est coupé de l’opinion publique au sens large, il ne réussit pas à faire aimer les entreprises au moment où elles affrontent des transformations profondes. Bien sûr, avec son pin’s, Pierre Gattaz ne promettait pas un million d’emploi avec les réformes Hollande comme tout le monde l’a répété ; mais cela a été compris comme cela et il n’a jamais remonté la pente. 

La deuxième erreur est que l’organisation patronale n’a pas montré qu’elle était capable de conclure des compromis avec les gouvernements successifs. Le Medef est perçu comme geignard, rarement positif. Bref, pour dire les choses, il compte aujourd’hui moins dans le paysage. 

Mais il y a plus grave…

C’est la troisième erreur et c’est une faute. Le Medef émet peu d’idées – en tous cas qui se font entendre – et c’est, oui, grave dans un monde où le populisme gagne du terrain, où l’Europe menace de se défaire, où la mondialisation rebat les cartes des puissances économiques et où les technologies changent la donne des emplois et des compétences. Le sujet n’est pas de savoir s’il faut être dans les organismes paritaires –on s’en moque –, c’est de réfléchir parce que ce sont de pensées nouvelles dont on a besoin dans un monde bien plus dangereux qu'il y a vingt ans. Le Medef croit élire le patron des patrons, il a besoin d’un avocat, d’un agitateur d’idées et d’être respecté.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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