Angela Merkel l'a longtemps soutenu pour la Commission européenne. Emmanuel Macron ne le souhaitait pas. C'est lundi que la piste de la BCE s'est concrétisée. C'est un choix séduisant mais Christine Lagarde devra convaincre qu'elle sait, peut et veut "déplacer la ligne" s'il le faut sur la politique monétaire.

Christine Lagarde et Mario Draghi
Christine Lagarde et Mario Draghi © AFP / Fred Dufour

Le choix de Christine Lagarde pour la BCE, une bonne idée ? 

C'est d'abord un choix à coup sûr inattendu. Son nom pour ce poste n'avait pas vraiment été évoqué ces dernières semaines - c'est un hasard de calendrier que les dirigeants européens aient eu à choisir en même temps les titulaires des quatre postes de l'Union (mandats de cinq ans) et celui de la banque centrale de la zone euro (mandat de 8 ans). 

C'est inattendu surtout parce que c’est la première fois, dans la courte histoire de la BCE, que n’est pas choisi quelqu’un qui a une expérience directe du pilotage monétaire. On entend déjà certains douter de sa compétence technique. et/ou de son absence de convictions économiques réelles : elle a une formation d'avocate (comme Jérôme Powell, le patron de la Fed, mais lui a été banquier central) et elle n'est pas économiste.

En réalité, ce procès-là est ridicule, un brin machiste aussi (précision : pas dans la bouche de Pierre Briançon cité plus haut, ndlr), on a déjà entendu çà quand elle a été la première femme ministre des finances, puis la première femme au FMI. En réalité, elle s’est coltinée une cinquantaine de crises diverses dans le monde, on ne parle pas seulement de la Grèce et de l’euro. S'il y a une incertitude, c'est sur un autre point - on y reviendra.

Ce choix est séduisant aussi parce que cela va donner une plus grande notoriété à la BCE qui est le seul visage, au fond, d’une Europe fédérale, et parce que l'approche de l'économie par Christine Lagarde a changé ces dernières années. En novembre, dans une interview aux Echos, elle critiquait durement les élites qui "ne comprennent pas ce qui se passe", notamment la colère des peuples et elle dénonçait les dérégulations financières. La question des inégalités est depuis quelques années centrales dans ses discours. 

C’est donc un choix disruptif et politique davantage que technique.

Comment est-elle arrivée à ce poste ? 

C’est une histoire curieuse. Angela Merkel, il y a six mois, la voulait à la Commission européenne, elle apprécie Lagarde. Emmanuel Macron, lui, ne voulait pas. Le 29 mars, Macron et Lagarde se sont vus pour un tour d’horizon, un peu au chat et à la souris. Et au G20 d’Osaka, samedi, surprise : le président teste avec elle l’idée de la BCE. Lundi, Christine Lagarde appelle presque tous les ministres des Finances de la zone euro, ils sont 19, pour les sonder. Elle leur a dit en substance : je suis prête à y aller par devoir, là où j'en suis je n’ai pas besoin de  çà. La disparition de l’Europe comme puissance l’inquiète vraiment, elle voit le monde changer sans l'Europe. 

Quels seront ses défis ? 

Son défi personnel, incontestablement, sera de faire preuve de créativité et d’esprit de décision si c’est nécessaire : c'est la capacité to think out of the box - comme on dit en bon français. Elle devra convaincre le Parlement européen, qui va l'auditionner (pour avis), qu'elle a cette corde à son arc. La BCE, c’est comme la Fed américaine, ce sont des pilotages de haute précision et vitaux. 

Au-delà, la difficulté particulière de la BCE est d’avoir une seule politique pour des pays très différents, l’Allemagne et la Grèce, l’Italie et les Pays-Bas, l’Estonie et Chypre. C’est une voiture qui doit rouler tout terrain. 

En huit ans de mandat, il y aura des menaces sur l’euro, peut-être une crise financière ou de la dette et des débats de politique économique.  Ce n'est jamais un job de tout repos. 

Enfin, Christine Lagarde est attendue de pied ferme par les Allemands, parce qu’elle critique souvent leurs excédents commerciaux gigantesques. 

Au total, la succession de Mario Draghi ne sera pas facile, ce sera un style très différent mais passionnant.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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