Ce matin, la vraie-fausse indulgence très politique de l’Europe à l’égard de la France.

La Commission européenne a livré hier après-midi un commentaire sur la politique économique de la France qui mérite d’être décrypté. « Notre stratégie économique est validée » s’est derechef félicité Michel Sapin, le ministre des Finances. Les raisons de ce ouf de soulagement sont évidentes : Bruxelles n’a adressé aucune remontrance publique à Paris, qui n’a pas non plus été sanctionné pour ses déficits. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a même souligné que (je cite) « les mesures prises par la France vont dans la bonne direction ». Et pourtant, ce « ouf » est en réalité sur-joué. Car quand on regarde cela attentivement, la France a obtenu le bénéfice du doute pour une raison très politique : il ne faut pas nous décourager. Et sous le ruban rose, le diagnostic reste bien sans concession.

Expliquez-nous cela…

Les résultats des élections européennes du 25 mai ont paru suffisamment graves à l’Europe pour ne pas en rajouter. La France fait des efforts budgétaires, mais elle n’arrivera sans doute pas à ramener son déficit à 3% du PIB en 2015 comme prévu. Si Bruxelles ferme pudiquement les yeux, c’est parce que la priorité est que la France vote et vote vite les mesures du Pacte de responsabilité dont on parle matin midi et soir, depuis six mois. Comme la majorité socialiste tangue et que le pouvoir est affaibli, humilier davantage Paris serait contre-productif. A partir de là, certains se diront : youpi, formidable, champagne, on a gagné dans le bras de fer avec Bruxelles. On a fait plier les Allemands et les affreux technocrates. Rien de plus faux : Paris est traité avec les précautions que l’on doit à un pays sur la corde raide et malade.

Dans le détail, le tableau est donc sévère ?

Lire le document européen fait penser à la lecture de certains bulletins de fin d’année au collège ou au lycée. On lit des appréciations défavorables des enseignants pour chaque matière, mais miracle, il est écrit en bas que l’élève va quand même passer dans la classe supérieure. Le texte de la Commission, ce sont dix pages de critiques ! Elle estime que le gouvernement va dans la bonne direction mais surtout elle pense qu’il y tant encore à faire contre le chômage, pour l’innovation et la simplification, pour la compétitivité. Je vous donne un exemple : les 30 milliards de baisse du coût du travail ne font que compenser les 30 milliards de hausse d’impôt payés par les entreprises depuis 2010 ! Pas plus.

Au total, Bruxelles a raison de ne pas sortir l’artillerie lourde ?

Oui, Barroso en fin de mandat fait un peu de politique, il a raison. Mais il y a un point sur lequel l’Europe a aussi raison quand elle regarde la France : après le Pacte de responsabilité, après la suppression de huit régions – courageuse quoi qu’on en pense-, que se passe-t-il ? Après, François Hollande a-t-il d’autres réformes dans sa besace ou va-t-il s’arrêter là et attendre 2017 ? Pour l’instant, la page est blanche.

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