Vous évoquez dans le détail ce matin un des points clés de la négociation entre la Grèce et ses créanciers : le système de retraites.

Oui, parce que c’est manifestement un des points durs qui oppose ces jours-ci Athènes et le Fonds monétaire international (le FMI) – et même plus largement la Commission européenne, Berlin et Paris. Les créanciers jugent le système trop généreux, trop onéreux et qu’il plombe les comptes publics. Ils ne voient pas pourquoi les Portugais, les Slovaques ou les Français continueraient de subventionner un tel système. On va essayer de voir ce qu’il en est réellement. Une journaliste des Echos , Catherine Chatignoux, s’est plongée pendant trois jours dans les statistiques, elle a discuté avec l’OCDE, le FMI, a consulté les données grecques. La conclusion est simple : jusqu’en 2010, le système grec de retraite était ultra généreux et atypique. Depuis des réformes, il se rapproche du reste de l’Europe mais le débat continue.

Comment fonctionnait-il avant l’explosion des déficits en 2010 ?

Les Grecs pouvaient toucher une pension minimum dès qu’ils avaient travaillé quinze ans. Au-delà, l’âge normal de la retraite était de 60 ans, et il suffisait d’avoir cotisé 37 ans. Rappelons qu’en France, la durée de cotisation a été portée à 40 ans il y a pus de dix ans. Par ailleurs, avant 2010 en Grèce six cents professions jugées dangereuses pouvaient partir en retraite à 50 ans : la métallurgie, les éboueurs, les mannequins (!), les speakers de la radio (vous, Patrick), les coiffeurs, etc. Les calculs de l’époque montraient que le pays, avec ces règles, aurait dû consacrer un quart de son PIB au paiement des retraites en 2050 ! Intenable !

Une réforme a eu lieu en 2010, sous la pression de la Troïka.

En échange d’un premier gros chèque, l’aide internationale a obtenu que l’âge de la retraite soit porté à 62 ans (comme ici) pour une durée de cotisations inférieure à celle de la France. On a aussi supprimé les 13e et 14e mois de pension – oui, cela existait ! Malgré cela les retraites ont un poids dans le PIB qui reste malgré un des plus élevés en Europe, à cause également de préretraites massives. Quand Alexis Tsipras dit que les retraites ont énormément diminué, c’est vrai, mais par rapport à un niveau élevé.

Mais pour le FMI, cela ne suffit pas !

Exactement. Le FMI avance des chiffres selon lesquels le taux de remplacement, c’est-à-dire le niveau de la pension par rapport au dernier salaire, serait compris entre 70 et 80%, plus élevé qu’ailleurs – notamment en Allemagne. Il diffuse aussi officieusement un chiffre stupéfiant. La retraite de base moyenne serait de 1 152 euros par mois en Grèce, soit 120 euros seulement de moins qu’en Allemagne où le niveau de vie est beaucoup plus élevé. Mais attention nous n’avons pas pu confirmer. Bref, la bagarre continue. Mais tout cela montre qu’il faut éviter les clichés, quels qu’ils soient.

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