C’est d'ici la fin de cette semaine que l’avenir de Renault va se décider. Les discussions sont allées bon train ce week-end, sans modification profonde du projet mis sur la table pour une fusion entre l'ex-Régie et Fiat.

Bruno Le Maire
Bruno Le Maire © Getty / Antoine Gyori - Corbis

L’entreprise va réunir son conseil d’administration demain après-midi, qui se prononcera à partir de 15 heures sur la proposition de fusion avec Fiat-Chrysler, le constructeur italo-américain dont le chiffre d’affaires est presque le double de celui de l’ex-Régie. Une autre réunion est possible jeudi. Déposée il y a une semaine, cette offre a suscité jusqu’à présent deux types d’interrogation :

  • Un : est-ce une bonne stratégie pour Renault, déjà engagé avec Nissan ? 
  • Deux : la famille Agnelli, premier actionnaire de Fiat, ne va-t-elle pas mettre la main sur Renault ? 

Depuis une semaine, les partisans de l’opération, Jean-Dominique Senard, patron de Renault, et le ministre de l’économie, s’efforcent de convaincre sur ces deux terrains. Renault accèdera au marché américain, avec Jeep notamment. Une fusion européenne sera plus facile qu’avec le Japonais Nissan. Senard est allé à Tokyo la semaine dernière en parler à Nissan, Bruno Le Maire a passé le week-end sur le dossier et une bourde de Fiat lui en a donné l’occasion. 

Vendredi, Fiat a en effet dit dans Les Echos que son offre était (je cite) à prendre ou à laisser. Mauvaise pioche. Le Maire a appelé illico John Elkann (patron du camp Agnelli), il a demandé à son cabinet d’interrompre son pont pour rediscuter samedi avec Fiat, et Senard était hier à 17 heures dans le bureau de Le Maire. 

Bref, 48 heures de négociations pour obtenir des garanties sur les usines, la gouvernance d’aujourd’hui et de demain (qui choisira les dirigeants ?), et la place de l’Etat français. Hier soir, tout le monde semblait content, mais évidemment il faudra voir le détail. 

Pour l’anecdote, sachez que l’héritier de la famille Agnelli a dîné dimanche dernier avec Robert Peugeot, l’actionnaire historique de PSA, quelques heures avant de transmettre son offre à Renault, pour l’en informer. Entre grandes familles européennes, il y a un minimum de savoir-vivre. 

Est-ce, au final, une bonne opération ?

Elle est risquée – comme tous les paris - et c’est vrai que ce qui se passe à Belfort avec General Electric suscite logiquement des inquiétudes sur les grandes fusions. Comme l’on sait que les mariages entre égaux ne le sont pas longtemps. Comme l'on devine qu'une famille aussi grande (Renault- Nissan - Fiat - Chrysler - Mitsubishi etc..) sera compliqué à piloter.

Mais la bonne question est de savoir quelle est la taille critique que doivent avoir les constructeurs automobiles pour affronter une révolution aussi importante que celle du moteur thermique, il y a un siècle, la révolution qui arrive : celle de l’électricité et de la voiture partagée.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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