Le "quoi qu’il en coûte" et l’impensé fiscal : il n'y aura pas de relèvement des impôts pour financer la dette Covid, nous promet-on. À moyen terme, c'est une plaisanterie de garçon de bain.

La hausse des impôts, c'est pour quand ?
La hausse des impôts, c'est pour quand ? © Getty / BSIP

Depuis le début de la crise du coronavirus, il y a un an, Emmanuel Macron promet que "lui président", il n’y aura aucune hausse d’impôt, promis juré, en tous cas jusqu’en 2022. Et effectivement, le collectif budgétaire adopté hier en conseil des ministres ne prévoit aucun tour de vis fiscal pour financer la saison 2 du "quoi qu’il en coute". 

Pour l’instant, c’est le déficit qui augmente, c’est la dette qui gonfle ; demain, nous promet-on, c’est la croissance qui permettra un retour à la normale. 

Eh bien, cela ressemble à un conte d’enfant

Peut-on y croire, croire qu’il n’y aura jamais, au grand jamais, de hausse d’impôt pour payer cette crise inouïe que nous traversons ? Non. 

Les soins, les tests, les vaccins, tout a été et est gratuit, l’économie et la culture ont été soutenus à bout de bras, et personne ne présenterait la note à la fin ? C’est une plaisanterie de garçon de bain, et il serait audacieux de mettre sa main au feu. 

Dans un an, deux ou trois ans, si la Banque centrale européenne doit changer de politique pour une raison quelconque, si les investisseurs s’inquiètent, le paysage peut changer et changera. 

En réalité, la fiscalité commence même déjà à pointer le bout de son nez, sur les entreprises

  • Mardi soir, un accord européen a été conclu pour exiger de la transparence des multinationales sur leur optimisation / évasion fiscale – et tant mieux. 
  • L’idée d’un taux minimal mondial d’impôt sur les sociétés avance aussi – et là encore tant mieux. 

Mais les particuliers échapperont ils au mouvement ? C’est peu probable, les idées de taxation des plus-values boursières arriveront par exemple un jour ou l’autre ; on commencera par les plus riches, et de fil en aiguille, comme toujours, les classes moyennes seront concernées. Je suis prêt à en prendre le pari.  

Le climat change déjà en Allemagne

Wolfgang Schäuble, c’est l’actuel président du Bundestag, ancien ministre des Finances,appelle ce matin, dans une tribune au Financial Times,  à revenir à la normalité monétaire et budgétaire, il pointe le risque d’inflation. Bien sûr, dira-t-on, Schäuble représente le passé plus que l’avenir, il va bientôt quitter la scène. 

Mais voilà autre chose : dans une interview à Ouest-France ce matin encore, Armin Laschet, le candidat conservateur à la succession de Merkel, évoque lui aussi le retour nécessaire aux critères de stabilité budgétaire. 

Les fourmis allemandes, quoi qu’on en pense (et peut-être ont-elles tort), disent aux cigales françaises de ne pas croire que la danse durera toujours....

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter