**Après les décisions prises hier sur la Grèce, la crise est-elle réglée ? Autrement dit, est-ce la dernière fois que je consacre une chronique à cette crise grecque qui nous occupe depuis plusieurs mois ? Je n’en suis pas sûr ! Disons qu’un grand pas a été fait, mais que le chemin sera encore long. Avant de voir les interrogations qui subsistent, reconnaissons d’abord que – cette fois, après avoir perdu beaucoup de temps à cause de l’intransigeance allemande – l’Europe (avec le FMI) s’est mise en marche. Le montant de l’aide (110 milliards d’euros sur trois ans), qui constitue théoriquement un prêt pas un don, constitue un record. C’est le premier acte politique de la zone euro depuis sa naissance en 1999, le premier acte de solidarité. Dans la douleur, quelque chose s’est passé. Même si c’est la peur qui a été bonne conseillère, la peur de l’éclatement de la zone euro et la peur des marchés, la date du 2 mai 2010 restera importante. Voilà pour l’aspect politique des choses. Sur le plan économique, l’accord va-t-il être efficace ?Il y a deux dimensions à cette question. La première chose est que l’incendie grec va être éteint en termes de liquidités. La Grèce ne manquera pas d’argent pour faire face à ses échéances puisque cet argent va être prêté par les Européens et le FMI. La Grèce pourra se financer. Grâce au ballon d’oxygène, la fameuse échéance du 19 mai ne constitue plus un problème. Donc, pas de problème de liquidité. En revanche, la vraie question est celle de la solvabilité de la Grèce. Pourra-t-elle rembourser sa dette ? La situation économique, l’efficacité ou pas de ce qui est prévu pour que les impôts rentrent dans les caisses, tout cela est sur la table. Le plan d’austérité est considérable puisque les 30 milliards d’euros qui ont été annoncés hier, si on les rapporte à la taille de l’économie grecque, représenteraient un plan de plus de 200 milliards ici, chez nous. C’est titanesque ou spartiate – si on veut. C’est surtout infaisable, non ?A priori, oui. Pourtant, contrairement à ce que l’on entend, ce n’est pas sans précédent. Le Canada, en supprimant 20% de ses fonctionnaires fédéraux, en augmentant ses impôts, a réussi à baisser d’un tiers sa dette publique dans les années 1990. La Suède, au cours de la même période, en quatre ans, a fait passer son déficit public de 16% de la richesse nationale – plus élevé qu’en Grèce aujourd’hui – à moins de 3%, là aussi en réformant ses administrations. En Irlande actuellement, les salaires publics ont baissé de 6%. Donc, c’est possible sur le papier. Mais il est clair que les Grecs ne sont pas des Suédois et des Irlandais. La Grèce n’a pas non plus trouvé son modèle et l’euro reste trop élevé pour elle. Voilà pourquoi la question de la soutenabilité du plan, de la solvabilité de la Grèce est posée. Si cela ne marche pas, le FMI et les Européens ne reverront pas leur argent – c’est une hypothèse à envisager. On en reparlera dans quelques mois. En attendant, le risque de contagion est-il écarté ?Reporté sans doute, écarté, on verra, mais le parapluie européen coûterait beaucoup plus cher pour des pays plus grands. C’est le vrai sujet à court terme. Pour l’anecdote, les ministres des Finances s’étaient manifestement passés le mot hier à Bruxelles pour - tous - écarter l’idée d’une extension de la crise au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie. Preuve que c’est leur inquiétude.**

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