On a appris hier que les prix de l’essence continuent de battre des records. Hier, le baril de pétrole a grimpé une partie de la journée. Les 2 euros le litre sont donc pour bientôt ?

Il ne fait aucun doute que l’on s’en rapproche plus que l’on ne s’en éloigne. Tous les lundis, le gouvernement publie des statistiques sur les prix de l’essence constatés la semaine précédente en France. Et tous les lundis ou presque, des records historiques sont battus. Hier, on a donc appris que le super sans plomb s’est fixé en moyenne à plus de 1,54 centimes le litre. A 1,36 euro le litre, le gazole, en revanche, n’a pas crevé son plafond de 2008. Mais la tendance reste à la hausse : hier, le prix du baril de pétrole a frôlé un niveau inédit depuis septembre 2008 avant de se tasser. Que s’est-il passé ? La mort de Ben Laden a d’abord rassuré les marchés ; puis, ils ont réfléchi et se sont dit que, après tout, des représailles terroristes étaient possibles. Alors, attention, dans la hausse à la pompe, il y a aussi le rôle des marges des pétroliers. Mais au total, depuis des semaines, le pétrole monte, avec les incertitudes du Moyen-Orient. Les deux euros sont dans la ligne d’horizon.

Pourtant, il y a deux ans et demi, on annonçait un baril à 200 dollars, et il est retombé…. ! Vous avez raison, la crise des experts est aussi réelle que nombreuse est la troupe des experts de la crise ! C’est vrai, les pétroliers, les spécialistes, les journalistes se plantent souvent. Modestement, on peut quand même dire deux choses. La première est politique. Les inconnues sur la Libye, le Yémen, Bahreïn etc. ont installé une “ prime de risque ” sur les marchés parce que trois millions de barils quotidiens sont en suspens. La seconde est économique. Les pays développés consomment de moins en moins de pétrole, mais les prix montent avec les pays émergents. Or, l’équilibre entre demande et offre était fragile en 2008, il le redevient passée la récession. Le matelas des réserves en cas de coup dur est faible, et les experts (encore eux) se demandent si l’Arabie saoudite en a autant sous le pied (sous le sol) qu’elle le dit. Bref, les yo-yo vont continuer mais la hausse est structurelle. …

Heureusement pour le prix des carburants, il y a un amortisseur… Un petit amortisseur. Plus l’euro monte, mieux c’est pour le prix à la pompe. La monnaie unique tourne autour aujourd’hui de 1,48 dollar ; si elle était au niveau de la dernière rentrée de septembre (1,26), le litre du sans plomb 95 serait beaucoup plus proche des deux euros. Le paradoxe est donc que les automobilistes sont pratiquement les seuls à avoir un intérêt direct à ce que l’euro soit fort, très fort, et que la Banque centrale européenne soit dure, très dure, sur les taux d’intérêt et dans sa lutte contre l’inflation. Des taux d’intérêt qui remontent attirent les capitaux du monde entier – à condition que la croissance ne soit pas cassée (mais c’est un autre sujet).

Total vient d’annoncer des bénéfices en hausse. Moins de bénéfices permettrait d’avoir une essence moins chère ? A peine ! Total a fait plus de 10 milliards d’euros de bénéfices l’an dernier ; un calcul de coin de table montre que cela représente 0,05 centime par litre vendu. En revanche, hors taxe, l’essence est une des moins chères d’Europe.

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