Vous revenez évidemment sur le face-à-face entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

A regarder cette émission sous l’angle économique, elle m’a fait penser à une phrase du général de Gaulle (ou de Bonaparte) que l’on cite souvent. Cette phrase est connue : « l’intendance suivra ». En clair, la politique prime sur tout, vouloir, c’est pouvoir, les questions d’intendance, de cuisine, d’argent, suivront bien - on verra comment. Pendant longtemps, sous de Gaulle, Mitterrand, Chirac et Sarkozy en 2007, on entendait cela : « l’intendance suivra ». Eh bien, la particularité de cette élection de 2012, c’est que l’intendance ne suit plus : car en réalité elle précède. Les contraintes internationales et financières ont radicalement changé la donne, lourdement.

Comment était-ce visible hier soir ?

François Hollande et Nicolas Sarkozy ont fait tous les efforts possibles pour démontrer qu’ils avaient la main, que la politique avait les mains libres. Mais, cela transpirait, ils n’ont plus les moyens de faire des promesses extravagantes, on n’a pas beaucoup rêvé hier soir ! En revanche, les finances publiques ont plané au-dessus du studio pendant deux heures. Je n’ai pas non plus compté le nombre de chiffres, mais c’était hallucinant – le vrai vainqueur, c’est la calculette ! Des records ont été battus. L’omniprésence de ces chiffres répond à l’exigence de résultats, mais elle marque l’étau dans lequel sont les gouvernants. L’intendance devant !

Dans le détail, un bon échange ?

On n’a pas appris grand-chose sur les impôts, sur l’emploi, sur la façon de faire de la croissance, mais oui un échange de qualité. L’Allemagne, elle, a été très présente, à la fois comme référence et comme leader. Et l’Espagne comme contre-modèle. Dans le détail, il y a eu un bon échange, utile, sur l’Europe. François Hollande espère, dit-il, en changer le cours – il a survendu ce qu’il obtiendrait de neuf et été injuste sur la gestion de crise, mais Nicolas Sarkozy souffre de ne pas avoir développé de vision sur l’Europe qu’il veut.

Un point marqué par chacun ?

Des points, Nicolas Sarkozy en a marqué un en montrant que le projet de François Hollande ne prévoit guère, sinon pas du tout, d’économies dans les dépenses. François Hollande, lui, a réussi à mettre constamment Nicolas Sarkozy dans le corner de la défense de son bilan. Du coup, ce dernier n’a pas développé son projet.

Un manque ?

Un vide sidéral : la planète économique – et donc politique - qui change à toute vitesse, qui est en train non pas de basculer mais d’aller vers un nouvel équilibre entre l’Occident et le reste du monde. Pas un mot pour raconter cette Histoire avec un grand H.

Qui a gagné ?

Hier, je disais que le défi de Hollande était de se montrer courageux, il a été pugnace. Et que Nicolas Sarkozy lui, devait être constant, il a essayé de montrer la cohérence de ses cinq ans. Mais il n’a pas mis François Hollande KO ; or, c’est ce qu’il espérait. Mais c’est aussi plus facile quand on a été pendant quinze ans commentateur de l’actualité, pas acteur. La vraie conclusion c’est que beaucoup de sujets n’ont pas été abordés : logement, finance, agriculture, le 3ème tour sur les marchés, l’inductrie. Des débats, comme aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, il en aurait fallu plusieurs.

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