C’est demain que la Banque Centrale Européenne va discuter d’un sujet emblématique : la suppression des billets de 500 euros.

J’imagine bien que peu d’auditeurs ont dans leur poche, ou même vu, des billets de 500 euros. Moi non plus. Mais attention, le sujet est sérieux. Les membres du conseil des gouverneurs de la BCE pourraient décider d’arrêter progressivement l’impression de ces billets. La raison : lutter contre les trafics et le terrorisme parce que les grosses coupures restent le meilleur moyen de faire circuler l’argent pas propre ou sale. La police et les douanes des Dix-neuf ont tous des histoires croustillantes et dangereuses de liasses de billets de 500 euros retrouvés chez des trafiquants de tous poils. Une bonne partie des pays sont favorables à cette suppression et la Banque de France l’a fait savoir à son tour hier, ce qui est un signe. Économiquement, ce sujet n’est pas négligeable, parce que ces billets-là représentent un tiers des liquidités en circulation – pas un tiers des billets bien sûr, mais un tiers de la masse monétaire liquide. Pour l'anecdote, ils sont imprimés surtout au… Luxembourg.

Mais l'Allemagne freine !

Pour deux raisons, une qui est idiote l’autre qui ne l’est pas du tout. Celle qui est idiote, c’est de dire que si on supprime ces billets, la fraude passera par ailleurs et donc que cela ne servira à rien; avec ce raisonnement, on ne va pas loin. L’autre argument, sérieux, c’est celui de la protection de la vie privée et de la liberté. Les Allemands restent un des peuples qui utilisent le plus d’argent liquide notamment parce qu’ils se méfient de tout ce qui peut les tracer, du virement bancaire à la monnaie électronique. Bref, on verra demain ce qu'il en est.

Vous rajouteriez bien, vous, un point à l’ordre du jour de la BCE.

Oui, puisqu'elle va parler des billets. Les membres de la zone euro devraient mettre fin à une situation à la fois triste, ridicule et grotesque. Les billets en euro sont les seuls dans le monde sur lesquels ne figurent que des bâtiments, des ponts, des portes, des fenêtres, de monuments qui n’existent pas. Pas de visage de personnage célèbre non plus. Pourquoi ? Pour ne vexer personne, ne pas choisir ! Alors même que l'Europe est un continent dont l'histoire et les cultures sont si riches. C’est un cruel résumé d'un euro technique, sans visage et sans bras.

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