Emmanuel Macron l’a annoncé dans une interview publiée hier : l’exit tax sera supprimée en 2019.

Redisons d'abord ce dont il s’agit : Nicolas Sarkozy, en 2011, avait créé cet impôt pour dissuader les entrepreneurs de quitter la France, en taxant à 30% les plus-values latentes -c’est-à-dire potentielles- sur le transfert de leur entreprise, surtout en Belgique et dans la Silicon Valley. 

Aux yeux d'Emmanuel Macron, le signal a été désastreux et des jeunes créateurs préfèrent créer directement leur entreprise Outre-Atlantique sans s’installer du tout en France, par crainte de ne plus pouvoir bouger. C'est vrai, on connaît des exemples. En fait, on peut débattre à l’infini des raisons des départs d’entrepreneurs (personnelles, volonté d’aller là où cela se passe dans la tech par exemple, évasion fiscale). 

En revanche ce qui semble certain, c’est que cette exit tax a fait un flop. Un peu plus de 60 millions d’euros seulement seraient rentrés dans les caisses de l’Etat depuis six ans,  selon Bercy -et cela sera vérifié. Soit 15 millions par an, beaucoup moins que les centaines de millions escomptés au départ ou sur le papier. 

Bref, c’est un micro sujet économique et fiscal, ce n’est pas l’ISF.

Mais le président lui donne une forte portée symbolique...

C’est frappant et disons-le étrange. Il fait cette annonce dans le magazine américain Forbes, connu pour son classement des fortunes. Il le fait en pleine grève de la SNCF. 

Alors, on entend son raisonnement économique : pour redistribuer de la richesse, il faut d’abord la créer et l’attirer ici. Et il faut bien que les Français se demandent pourquoi la croissance ici est inférieure à celle de la zone euro. OK, d'accord. On devine aussi sa logique politique : avancer à fond tant qu’il n’y a pas d’élections pour que des résultats soient là quand elles arriveront. OK, là encore. Macron assume, parle cash, disrupte. En clair, il fait exprès. 

Mais honnêtement on ne comprend pas le gain politique et l’efficacité de cette annonce maintenant en dehors d’un zeste de provoc. Car les Etats-Unis et certains pays européens ont une exit tax. Car les polémiques sur le pouvoir d’achat des retraités sont encore tièdes. Car les taxes sur l’essence grimpent. Car les prélèvements obligatoires ont atteint leur plus haut historique en 2017. 

Pour le reste, on attend naturellement désormais que le président soit aussi cash, précis et pressé sur d’autres sujets comme le sauvetage des hôpitaux ou le plan pauvreté.

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