L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____Le gouvernement a révisé ses prévisions de croissance, très sérieusement à la baisse, et de déficits, à la hausse. Les chiffres sont frappants. Bercy prévoit une récession de 1,5% cette année, 300.000 suppressions d’emplois et un déficit public qui sera compris entre 5,5 et 6 % du PIB. C’est important parce que la profondeur de la crise va, pour la première fois, être écrite noir sur blanc dans les prévisions officielles qui seront en conseil des ministres demain. Le chiffre sur la récession est terrible parce que c’est un recul de l’activité plus important qu’en 1993, la crise immobilière, plus important qu’en 1975, le choc pétrolier. Il faut remonter en fait à 1944. Cette année-là, l’activité avait reculé de 15%, en pleine guerre. Alors, à partir de là, il y a un certain nombre de questions. Il y en a au moins deux en fait. La première question, c’est : est-ce que ces prévisions sont crédibles ? Et la seconde, c’est : est-ce qu’elles sont solides ? Et on peut répondre oui à la première et non à la seconde. Ces prévisions sont donc plutôt crédibles, parce que François Fillon et Christine Lagarde, la ministre de l’économie, se sont appuyés sur le consensus des économistes privés. Le chiffre retenu, - 1,5%, est un peu moins pessimiste que ceux du Fonds monétaire international et de la Commission européenne. On connaît les arguments du gouvernement : la bonne tenue de la consommation pour l’instant, le fait qu’une part de la population n’est pas touchée directement, les retraités, les fonctionnaires, par exemple, et l’importance des prestations sociales. C’est la raison pour laquelle les prévisions pour nos voisins sont un peu plus noires. Au total, si on tient compte aussi du fait que le rôle du gouvernement n’est pas d’affoler, ces prévisions ne sont pas aberrantes. Mais ces prévisions sont-elles solides ? Là, on est obligé de répondre : non. C’est une photo à un temps T. La caractéristique de la crise, c’est qu’elle est extraordinairement mouvante. D’abord, on voit bien que sa partie financière n’est pas terminée. Hier, l’assureur américain AIG a annoncé 100 milliards de dollars de pertes pour 2008. Les écuries d’Augias ne sont pas nettoyées de tous les crédits infectés. On en découvre tous les jours. C’est la raison pour laquelle les bourses se cassent la figure : - 4,48% à Paris. Ensuite, comme tous les pays sont touchés, il y a des interactions. Les constructeurs automobiles ne peuvent pas vendre ailleurs ce qu’ils ne vendent pas ici. Bref, j’aimerais vous dire que quand l’activité recule de 1,5%, cela veut dire qu’il en reste 98,5%, ce n’est pas dramatique. Mais la chute peut être plus forte. Sur le déficit public et la relance, le gouvernement prévoit, pour l’Etat, la sécurité sociale, les collectivités locales, un déficit égal à plus de 5,5% du PIB. D’où vient ce déficit ? Surtout de l’Etat, avec 100 milliards d’euros cette année, le double de l’an dernier. Comment se décomposent ces 100 milliards ? 50 milliards sur les dépenses courantes, 20 milliards sur les moins-values fiscales, les impôts qui rentrent mal, et 30 milliards pour la relance, avec les investissements, les aides aux entreprises, l’automobile. Il est normal qu’un débat existe sur l’ampleur de la relance. Mais il y a une chose sûre : c’est qu’un déficit public prévu à près de 6% du PIB au début de l’année alors que les choses se dégradent toujours en cours d’année, cela ne s’est jamais vu. On peut raconter ce qu’on veut, mais dire que la politique économique serre les freins et est restrictive est un mensonge.

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