Vous revenez sur les propositions économiques que Nicolas Sarkozy a présentées hier.

Oui, d’un point de vue économique – l’ami Thomas Legrand y reviendra sur le plan politique. La lecture de la longue interview accordée au Figaro est instructive. Mais ce qui est le plus curieux est le commentaire que l’on a entendu toute la journée d’hier, dans la bouche des élus socialistes, comme sous le clavier des réseaux sociaux. Ce commentaire, c’est une exclamation : « il n’y a rien de neuf ! Il l’avait déjà dit ! Cela sent le réchauffé». Et, à l’appui, on a lu des dizaines d’expertises et de comparatifs pour montrer que ce que l’ex-président a dit le 2 mars 2015, il l’avait déjà dit en novembre 2014 et même peut-être avant. C’est ridicule et cette culture du « neuf » à tout prix est étrange. Certains reprochent à François Hollande d’avoir changé en l’accusant de trahison et d’autres se moquent de Sarkozy parce qu’il n’aurait pas changé. Il faudrait savoir.

Les propositions du futur candidat ressemblent de fait furieusement aux convictions de l’ex-président.

Effectivement, l’ancien chef de l’Etat avance des propositions de réforme qui sont les siennes depuis des années, et qui ne sont pas vraiment «démagos». L’âge de la retraite qu’il a relevé de 60 à 62 ans, il le verrait bien à 63 ans. Le nombre de fonctionnaires, qu’il a diminué de 150.000, il s’engage à continuer de le baisser s’il revenait au pouvoir. Mais en impliquant cette fois les collectivités locales. Il évoque, pour la fonction publique, le recrutement sous CDI de droit privé et la suppression d’un certain nombre de RTT. Il s’engage aussi sur la suppression de l’ISF. A chaque fois, on peut être d’accord ou pas, se dire que ce qu’il dit maintenant, il avait la possibilité de le faire quand il occupait l’Elysée (c’est le cas sur les 35 heures par exemple). Mais difficile d’espérer des virages sur l’aile ou des contradictions qui seraient, elles, contre-productives. La cohérence est plutôt une vertu.

En revanche, selon vous, il y a de vrais « trous » dans les propositions de l’ancien chef de l’Etat.

De deux sortes. Il y a, d’abord, un manque de précisions abyssal. En 2015, on ne peut plus proclamer qu’il faut ramener les dépenses publiques à 50% de la richesse nationale (contre 57% aujourd’hui) sans en dire plus. On ne croit tout simplement plus ce genre de déclarations. Les économies, où çà ? Voilà pour l’imprécision. Quant aux trous comme vous dites, les idées avancées ont un point commun, elles sont d’ordre fiscal ou budgétaire ; nulle part ne sont évoquées les start-up, les jeunes créateurs, le bouleversement incroyable lié au déferlement du numérique dans tous les domaines, bref à ce que va devenir l’économie en France et en Europe. Si le souffle de la modernité est absent, c’est là. On peut dire la même chose d’ailleurs de l’ensemble de la classe politique. Comme s’il y avait un fossé de génération, comme si on avait des copies d’énarques alors qu’on attend de l’enthousiasme et de l’entraînement.

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