Le gouvernement n'a pas tiré, sur les retraites, les leçons du 80 km/h : vouloir mener aujourd'hui de front une réforme de fond et de financement comme hier une baisse de la vitesse sur route et une hausse des prix des carburants a du mal à susciter l'adhésion.

Assemblée nationale et réforme des retraites : un trop-plein d'erreurs
Assemblée nationale et réforme des retraites : un trop-plein d'erreurs © Getty / SOPA Images

Deux motions de censure vont donc être discutées à l’Assemblée aujourd'hui. Selon toute vraisemblance, elles ne seront pas adoptées et le projet de loi sera considéré, lui, comme voté.

Mais que s’est-il passé pour qu’une réforme au départ approuvée par les deux tiers des Français soit à ce point en difficulté ?

Dans la forme, il y a eu une erreur manifeste : allumage de la fusée trop long, et atterrissage trop tardif dans le quinquennat. Récapitulons. Consultations au printemps 2018, travaux du haut-commissaire Delevoye, premières pistes en juillet 2019, décisions en décembre, Assemblée nationale en février 2020 : les oppositions ont eu tout le temps de se déployer. 

Emmanuel Macron lui-même a mis la pagaille : à Biarritz, l’été dernier, il privilégie l’allongement de la durée de cotisation par rapport à l’âge-pivot, sans avertir ses équipes. Pour finalement faire un virage à 90°. 

Du coup, l’accélération actuelle n’est pas comprise : la discussion à l’Assemblée aurait pu continuer un peu après les municipales sans dommage pour une réforme qui entrera en vigueur en ... 2022. 

Maintenant, le fond. Vouloir faire en même temps une réforme cosmique, le régime universel, qui est intéressante, et une réforme pour boucher les trous (l’âge-pivot) a été depuis le début (et on l’a dit ici) une erreur. Le gouvernement aurait dû le savoir : mener de front les 80 kms/h, le durcissement du permis à points et la hausse des prix des carburants ne lui a pas porté chance. 

Sur le marché du travail, le gouvernement a agi en deux fois : les ordonnances Pénicaud d'abord, puis l'assurance-chômage. 

Trop de réformes tue la réforme. 

Enfin, le flou sur le financement est resté. Que les annonces sur la hausse des salaires des profs -une excellente nouvelle -n’aient par exemple pas eu lieu plus tôt dans le processus, cela défie l’entendement. 

Le gouvernement peut-il reprendre la main ? 

Il la reprend de facto avec le 49-3. Et il y aura un débat au Sénat. Et la conférence de financement n’est pas finie. Et on rappelle enfin que les Français étaient déjà opposés à toutes les réformes précédentes des retraites sans lesquelles le système serait à terre. 

Mais là, la fracture est profonde avec l’opinion qui imagine un loup derrière chaque flou. 

Peut-il reprendre, quand même, la main ? Il n’y a qu’une solution : améliorer et accélérer la mise en place sur Internet du simulateur individuel des effets de la réforme – même si tout n’est pas calé – pour montrer, si c’est le cas, que les Français seront en majorité gagnants. 

Il n’y a pas d’autre solution.

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