Retour sur le demi-désaveu subi par Emmanuel Faber à la tête de Danone. Il paie un taux de marge inférieur à celui de ses concurrents, un cours de bourse trop bas et un management rugueux. Mais jeter la pierre à un dirigeant qui s'est essayé au En même temps est trop facile.

C'est un peu pus qu'un demi-désaveu, parce que le conseil d’administration du géant agro-alimentaire de 100.000 salariés l’a confirmé comme président de l’entreprise, mais va lui adjoindre un directeur général opérationnel qui sera le vrai gestionnaire. 

La situation était devenue très tendue et ces derniers jours cette issue était devenue probable. Léa (Salamé), fin novembre, vous l’aviez reçu à ce micro, il était venu défendre la mort dans l'âme un plan de réduction d’effectifs. Après l’interview, dans le couloir,  il nous avait dit, l’air sombre : « çà va être dur très dur de résister ». 

Résister à qui ? Que s’est-il passé ? Des investisseurs minoritaires reprochent à Emmanuel Faber un cours de bourse riquiqui pour Danone et des résultats financiers certes bons mais moins bons que ceux de ses concurrents. 

Alors, d’ici j'entends d'ici des auditeurs penser : voilà la dictature des actionnaires ! C'est exact qu'ils exigent des marges particulièrement élevées ... Sauf que j'ai parlé d'actionnaires très minoritaires et que s’il n’y avait pas un fond de vrai dans ces critiques, il ne se serait rien passé. C’est vrai que les actions de l’ensemble des entreprises du secteur ont grimpé de 20% en trois ans, mais ont baissé chez Danone. C’est vrai aussi qu’arrive la facture d’un management solitaire et rugueux de ce patron hors-norme. C’est vrai enfin que les marques de Nestlé sont plus rentables qu’Actimel, Danette, Danone, Evian et Volvic. Très concrètement, les eaux en bouteille se sont très mal vendues depuis la fermeture des restaurants. 

Bref, la majorité du conseil, y compris Franck Riboud, a voulu du changement. 

Tout cela est vrai, mais cela n’enlève rien au fait que la vision sociale, environnementale et du futur alimentaire (que cette vision) d’Emmanuel Faber mérite d’être défendue et poursuivie. Fait rare, Laurent Berger (le patron de la CFDT) a pris sa défense. 

Dans les rangs patronaux, on a entendu de l’ironie : ah, il a fait le malin avec son entreprise à mission, il a voulu nous donner des leçons, tant pis pour lui, son job c'était de vendre des yaourts. Eh bien, un patron qui essaie le en même temps est on ne peut plus respectable. 

Que va-t-il se passer ? Ecoutez la pièce peut tomber des deux côtés. Cela dépendra du profil du nouveau DG. Dans les entreprises où il y a un patron et un président, le tandem peut marcher ou casser. Le dernier exemple en date, chez Engie, a cassé. Dans ce cas Faber partira dans quelques mois. Personne n’est jamais irremplaçable mais ce serait dommage.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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