C’est donc l’élection du président des Etats-Unis demain. Une élection qui, sur le plan économique, nous concerne beaucoup plus que les précédentes. L’année 2008 se termine par un paradoxe. Elle promettait d’être marquée par deux événements inscrits en rouge sur les agendas : les Jeux Olympiques de Pékin et l’élection américaine du 4 novembre. Les premiers ont effectivement marqué l’entrée officielle de l’Empire du Milieu parmi les Grands. Mais c’est finalement la seconde qu’on retiendra, sur le plan symbolique si c’est Obama qui l’emporte, mais surtout parce qu’un troisième événement a effacé les autres, la crise née aux Etats-Unis et qui s’est propagée partout. Quand le temps est calme, la suprématie américaine est contestée par l’apparition d’autres puissances, l’Asie et l’Europe, et elle le sera de plus en plus. Quand elle est malade, l’Amérique rappelle qu’elle occupe la première place dans l’économie mondiale. Les Etats-Unis font la preuve de leur rôle central au moment où leur fragilité explose au grand jour. La santé de leur économie a un effet déterminant sur la nôtre. Et cela va continuer. D’abord parce que la place des Etats-Unis dans l’économie et la finance mondiale reste considérable. A force de voir leurs faiblesses actuelles, on a tendance à l’oublier. Ils fabriquent à eux seuls entre un cinquième et un quart de tout ce qui produit dans le monde. Ils ont un dynamisme démographique exceptionnel, c’est aussi chez eux que naissent une grande partie des innovations technologiques : ils consacrent 350 milliards de dollars par an à leur recherche-développement, 50% de plus que l’Europe. Tout ça veut dire que leur basculement dans la récession, en clair la baisse de leur PIB, nous concerne bien tous. A travers les exportations, les marchés financiers, l’épargne ou encore le niveau du dollar. Les Européens auront encore les yeux rivés sur New York au cours des prochaines années. Mais aussi, sur Washington. Le reste du monde ne vote pas, c’est dommage parce les décisions prises par la Maison-Blanche auront des conséquences majeures sur l’ensemble des pays. Un peu comme dans les années 1920 et 1930, les choix faits par Hoover puis Roosevelt ont changé la donne en Europe. Quel que soit le vainqueur, il y aura une politique de relance massive pour soutenir l’activité, keynésienne par la dépense pour Obama, avec des projets de grandes infrastructures, par l’impôt pour Mac Cain. Mais ce qui nous concerne, nous Européens, c’est de savoir comment cette relance sera financée. Est-ce par du déficit budgétaire et des emprunts souscrits par l’extérieur, avec une baisse du dollar à la clé? Par des impôts nouveaux? Rien n’est très précis aujourd’hui et c’est regrettable parce qu’on connaît les risques d’une relance à crédit financée par le reste du monde. L’Europe est-elle donc condamnée à rester spectatrice de cette élection ? Ce sera un des enjeux du sommet du 15 novembre : dire aux Etats-Unis qu’ils ne peuvent pas continuer à agir comme s’ils étaient seuls au monde. Leur dire qu’une formule comme celle, célèbre, de Richard Nixon, « le dollar, c’est notre monnaie, mais c’est votre problème » et tant pis, cette formule n’est plus admissible. Parce que d’une certaine manière, nous sommes tous américains !

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