La nouvelle crise grecque se télescope avec le G20 de Cannes.

Oui, et c’est ennuyeux. On ne reviendra pas sur le référendum grec – légitime, mais au pire moment. Mais ce télescopage fragilise la position des Européens à Cannes. Et cela va au-delà des difficultés posées sur le plan politique à Nicolas Sarkozy lui-même, que tout le monde a en tête. L’Europe, qui devait arriver unie avec ses idées sur la régulation financière, la croissance, les paradis fiscaux, a désormais, pour dire les choses, d’autres soucis, d’autres chats à fouetter, d’autres urgences. Et elle est affaiblie. Les images étaient frappantes hier soir, Nicolas Sarkozy courant de sa réunion avec Angela Merkel à son dîner avec Hu Jintao puis à sa réunion avec George Papandréou. Symptôme ou pas, Hu Jintao s’est offert le luxe de faire attendre le président français sur le perron.

Quels sont les enjeux du G20 lui-même ?

Il y a les officiels et les officieux. Officiellement , on va parler système monétaire international et surveillance de la finance. Mais en fait, en dehors des matières premières, les 20 iront à peine plus loin que des indicateurs, il y aura peu de chair sur les os. Officieusement , on parlera d’autre chose. Italie, France, Grande-Bretagne et Etats-Unis se promettront de réduire leurs déficits ; le Canada, l’Australie et l’Allemagne, qui ont de la réserve budgétaire, sont prêts, eux, à desserrer la vis – Berlin avec des baisses d’impôt. La Russie devra faciliter les investissements étrangers ; le Brésil veut instaurer un contrôle des changes pour freiner l’afflux de capitaux, qui font monter le real, sa monnaie ; Barack Obama, qui donne volontiers des leçons à l’Europe mais n’a rien fait sur les bonus ou la finance folle, devra dire comment il va contourner le blocage de son plan emploi au Congrès. Nicolas Sarkozy, qui rêvait d’un geste de Pékin sur le yuan, a quant à lui fait une croix dessus : les Européens quémandent de l’argent pour leur Fonds monétaire.

Et l’Europe arrive à Cannes avec un autre handicap...

Oui, la croissance actuelle et à venir. D’abord parce que depuis la crise de 2008, les écarts de compétitivité se sont à nouveau creusés au sein de l’Europe, ce qui est incompatible avec l’euro. Ensuite, parce que si on regarde les grands ensembles, l’Europe est l’élève médiocre. Depuis 2008, les Etats-Unis et, bien sûr, l’Asie, ont plus de croissance que la zone euro ; et l’OCDE prévoit qu’en 2012 et 2013, cela continuera. Pour l’avenir, le grand problème de l’Europe est de savoir quels seront les leviers de sa croissance maintenant que chacun a une ou deux voitures, Internet, voyage et se soigne – en moyenne bien sûr. C’est LA question qui, en dehors de l’Allemagne (qui équipe les pays émergents), conditionne tout et n’a pas de réponse.

... Et comme l’Europe semble avoir la « poisse » en ce moment, ce n’est pas fini...

Elle a perdu en pleine tempête Jean-Claude Trichet, qui a quitté la BCE lundi. Il serait idiot que les compétences de ce fils spirituel de Raymond Barre ne soient pas utilisées.

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