Ces jours-ci, Airbus célèbre le 10ème anniversaire de son fleuron, l’A380. Un anniversaire morose.

Oui, et il faut se demander pourquoi. Le 1er A380, cet avion énorme qui emporte 500 à 600 passagers, a pris son envol fin octobre 2007 et Emirates, la compagnie qui en a acheté le plus, va prendre livraison aujourd’hui de son 100ème appareil, ce sera à Hambourg. Cet appareil, cela ne fait aucun doute, enthousiasme toujours les passagers. Mais pour le succès commercial, c’est raté. Soyons précis : des A380, il en vole 210 dans le monde, avec 300 vols quotidiens, c’est extrêmment peu. Même s’il en atterrit et décolle par exemple 26 par jour à Los Angeles, il ne s’en est pas vendu un seul au dernier salon du Bourget. Alors, que s’est-il passé ? Ce n’est pas le Concorde : il y a des gros clients privés qui en ont acheté, des A380, Emirates (donc), la compagnie de Dubaï, et Singapore Airlines alors que les acheteurs du Concorde étaient deux compagnies nationales, française et britannique -un peu sur ordre. Son problème est qu’il coûte cher (il est arrivé au moment de la crise financière), qu’il a quatre réacteurs très gourmands en carburant (plus de 300.000 litres dans les réservoirs), et que les liaisons transcontinentales qui permettent de remplir à 100% cet avion ne sont pas si nombreuses. A l’exception de Singapour et Dubaï, qui sont très bien placés géopgraphiquement entre l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis. Enfin, Boeing a joué malin en lançant un nouveau 777 puis un 787 plus économique et mobile. Au total, l’A380 n’est pas rentable et son avenir s’écrit en pointillés, à moins qu’il soit arrivé trop tôt et qu’il se refasse. Est-ce grave ? Non, mais c’est la première panne très visible.

Le problème est aussi qu’Airbus traverse d’autres difficultés.

Ceux qui dramatisent disent qu’Airbus va être la 4ème catastrophe d’entreprise en « A » française, après Alstom, Alcatel et Areva. C’est totalement farfelu : l’entreprise a la moitié du marché mondial. Mais elle a besoin de se relancer. Or, c’est le moment où il y a des soupçons de corruption dans plusieurs pays sur des anciennes ventes, d’armes notamment. Le patron, allemand, d'Airbus, Tom Enders, est fragilisé. Emmanuel Macron et Angela Merkel songeraient même, selon le Canard Enchaîné, à le remplacer. Bref, pour reprendre une formule usée jusqu’à l'aile, Airbus traverse un trou d’air, mais sans être au fond du trou. D’ailleurs l’action, en Bourse, est, elle, au sommet.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.