Les candidats à la primaire socialiste attaquent les banques.

Oui, c’est un vrai tir d’artillerie de la part de presque tous les candidats à la primaire, avec un ton très martial. Ségolène Royal assure que la mise au pas des banques constituerait sa première mesure si elle était à l’Elysée, pour (je cite) qu’elles obéissent au lieu de commander. Hier, Arnaud Montebourg a redit sa volonté de (je re-cite) les mettre sous tutelle pour qu’elles prêtent aux PME et ne mettent pas en danger les économies des particuliers en spéculant sur la dette des Etats – formule qu’utilise aussi Martine Aubry. Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas de nationaliser avec un air (déjà-vu) de 1981, mais de placer des fonctionnaires dans les conseils d’administration et de couper les banques en deux : activité de dépôt d’un côté, activité d’affaires, d’investissement de l’autre, pour que les risques pris par les secondes épargnent les premières.

Tout cela a du sens ?

Le big-bang proposé, c’est un peu la charge d’un éléphant à travers un champ de fraises, çà risque surtout de faire beaucoup de dégâts. On reviendra sur les critiques que les banques méritent, mais ces attaques, en plus, fleurent le bon-vieux fond anti-finance tricolore, qui frise le populisme. Le paradoxe est qu’autant la crise de 2008 était au départ une crise bancaire, avec des produits toxiques débordant des bilans, autant aujourd’hui la crise est d’abord politique, sur l’Europe. Pour l’instant, les chiffres ne montrent pas de tassement du crédit. Quant au découpage des banques – le débat vient d’être relancé à Londres -, les banques françaises défendent leur modèle universel (elles font tout) avec des arguments forts : Lehman Brothers était une banque d’affaires, mais Northern Rock en Angleterre, les banques irlandaises, qui ont failli, ne faisaient que du dépôt. Donc, pas de lien évident de cause à effet.

Cela étant, les banques sont en train de se réformer à marche forcée...

Oui, preuve qu’elles sentent le vent du boulet. Elles ont décidé de renforcer leurs fonds propres, leurs « airbags » en cas de problème. En six mois, la BNP, la Société Générale, le Crédit Agricole ont amassé 10 milliards d’euros de fonds propres en plus. Et ces trois là, pour être moins fragiles, coupent des banches dans leurs activités risquées ; elles ont annoncé des plans importants pour tailler dans leurs actifs. Elles changent de modèle, c’est une course avec les marchés.

Mais les banques méritent trois critiques ?

Trois critiques qui expliquent ce climat tendu en ce qui les concerne. Un : leur métier est d’évaluer les risques, elles donnent l’impression parfois d’avoir perdu la main et l’expertise, de jouer trop à la roulette russe. Deux : elles ont un « niveau de vie » général trop élevé par rapport au reste de l’économie (moyens, salaires etc.). Trois : l’absence de sanction est étrange. On ne comprend pas par exemple pourquoi Goldman Sachs, qui a aidé la Grèce à tricher sur ses comptes, n’a été ni punie ni interdite en Europe.

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