Le journal Les Echos publie ce matin, une interview du ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, qui devrait faire du bruit.

Oui, dans cette interview, Vincent Peillon parle d’économie - d’économie sans s -, il s’exprime sur les relations entre l’Education nationale et le monde économique. Et il tient un langage direct. Que dit-il ? Que le rôle de l’enseignement n’est pas seulement de former des citoyens, mais de préparer à l’emploi ; qu’il faut revoir le système d’orientation ; qu’il faut réhabiliter l’image de l’entreprise chez les jeunes et faire en sorte qu’ils connaissent mieux l’entreprise.

Et il avance deux propositions concrètes…

Oui. Pour le ministre, le stage d’une semaine que font les élèves de 3ème en entreprise est insuffisant ; il faut faire découvrir l’entreprise dès la classe de 6ème et jusqu’à l’université ! Là, si on comprend bien, il ne s’agit pas d’envoyer les élèves en entreprise, mais celles-ci viendraient parler d’elles dans les classes. Et second point tout aussi frappant, Vincent Peillon affirme que les enseignants doivent, je cite, avoir un contact avec l’entreprise pendant leur formation.

Tout cela, c’est nouveau ?

Dire, à gauche, les choses de façon aussi carrée, oui, c’est nouveau. Pas tout à fait quand même : un ancien ministre de l’Enseignement professionnel a tenu ce type de discours entre 2000 et 2002 : un certain Jean-Luc Mélenchon ! Sur le fond, il serait idiot de dire que l’éducation nationale ne s’intéresse pas à l’économie, le succès du Bac pro et des IUT en témoignent. Mais ce discours est intéressant, important et il va soulever trois types de débat.

Lesquels, Dominique ?

Le premier, aussi vieux que Jules Ferry : le rôle de l’école est-il de préparer des têtes bien faites ou la vie d’après, professionnelle ? Les choses ne sont pas aussi tranchées que ça dans la vraie vie, mais c’est un débat presque philosophique. Deuxième question : l’orientation. Enorme sujet, parce qu’on voit bien que le système ne fonctionne pas. Des jeunes se dirigent vers des filières sans avenir économique (à l’université parfois) ou sans avenir pour eux parce qu’ils vont décrocher (les décrocheurs selon le vocable à la mode). Et, en face, il y a 600.000 offres d’emploi non pourvus.

Troisième et dernier sujet ?

C’est la relation entre l’économie, l’entreprise et l’école. Vincent Peillon ose dire tout haut que cette relation n’est pas optimale, qu’il y a parfois une suspicion. C’est vrai qu’il y a, chez certains enseignants et syndicats (je dis bien certains), l’idée que entreprise = capitalisme = danger. Comme souvent, Vincent Peillon met les pieds dans le plat, mais son discours mettra un peu de baume au cœur des milieux économiques.

Ce sont des sujets explosifs pour les syndicats ?

On verra ! Juste une anecdote : en 2005, le Parlement européen avait établi une liste de huit compétences clés à acquérir par les élèves européens. La France a été un des seuls pays (le seul peut-être) à en barrer une : l’acquisition de l’esprit d’entreprise. On saura vite si le changement, c’est maintenant et si Peillon rime avec patron(s) - au singulier et au pluriel.

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