Ce matin : ce bras de fer entre l’Italie et l’Europe dont personne ne peut connaître l’issue.

Cela fait cinq jours que Rome a présenté son projet de budget pour 2019, et il est impossible de savoir à ce stade lequel de deux scénarios va l’emporter. 

- Un engrenage dangereux et des tensions qui montent peu à peu avec le reste de l’Europe et les marchés jusqu’à ce qu’à un moment l’hypothèse d’une sortie de l’Italie de l’euro apparaisse plausible. Une tragédie. 

- Ou une sorte de comedia delle’arte avec des prises de bec à grand spectacle, mais sans décisions qui feraient franchir le Rubicon. 

Depuis lundi, le ton reste en tous cas haut perché. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a mis en garde contre la répétition d’une crise à la grecque. Réplique hier de Mattéo Salvini, le ministre de l’Intérieur : « Je parle avec des personnes sobres qui ne font pas de comparaisons qui ne tiennent pas la route », façon injurieuse d’attaquer Juncker sur son prétendu penchant pour l'alcool. 

Mais en même temps, c’est notable, les marchés financiers passent à l’orange, pas au rouge. Les taux d’intérêt auxquels l’Italie emprunte montent (3,5% à dix ans, trois points de plus que l’Allemagne), ce n’est pas pour autant l’affolement. Il n’y aucune contagion à l’Espagne et au Portugal. 

Que veut dire cette hésitation entre deux scénarios ? C’est que qu'il est clair que le gouvernement formé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, au-delà d’un déficit public relevé pour financer ses priorités (2,3% du PIB pendant trois ans), ne sait pas vraiment où il va. Le projet de budget tenait jeudi en quatre pages. Ca flotte. Ca hésite. Ca discute. Les autres Européens, eux, ne doivent pas oublier que les électeurs italiens ont voulu cette politique.  

Mais les faits sont têtus. Attention à cette expression. Quand on dit cela, on est vite accusé de refuser toute alternative (l’effet TINA – vous savez) ! 

Mais, mais quand même. 

Avec une dette de 132% du PIB, le cout budgétaire annuel de cette dette (les intérêts) est de 68 milliards d’euros. Soit 25 de plus que ce qu’il coûte à la France, économie bien plus grande. 68 milliards par an pour rembourser les prêteurs ! Pour l’alléger, il faudrait un rebond énorme de la croissance. On n’y est pas. 

Conclusion : l’Italie n’a pas vraiment les moyens de faire des folies et des bras d’honneur budgétaires sauf si elle décide de quitter l’euro.

PS :  le second scénario, celui du retour à un certain apaisement dans les faits pour éviter un clash, gagné quelques points en milieu de matinée : les médias italiens indiquent que le gouvernement est prêt, finalement, à annoncer une baisse de son déficit public au cours des prochaines années. ...

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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