L'Edito Eco de Dominique Seux, des "Echos". Une bagarre, assez discrète, oppose les constructeurs automobiles et la Commission européenne sur les émissions de CO2 des voitures neuves. La protection de l’environnement provoque actuellement, on le sait, des débats en France entre le ministère du budget et Jean-Louis Borloo, en charge de l’écologie. Des débats sur les moyens à accorder aux mesures de son fameux Grenelle. Et il y a aussi des bras de fer au niveau européen, avec des enjeux financiers considérables, autour de la voiture propre. Concrètement, il s’agit d’un conflit entre tous les constructeurs automobiles et la Commission de Bruxelles qui, en décembre dernier, a frappé un grand coup. Elle a proposé d’abaisser en moyenne à 130 grammes par km parcouru les émissions de CO2 des voitures neuves, et cela dès 2012. Le chiffre exact, en réalité, sera différent pour chaque marque. Mais c’est une forte baisse par rapport à aujourd’hui puisque ces émissions tournent autour de 160 grammes. Le projet de la Commission prévoit aussi des sanctions très lourdes pour les récalcitrants. Les constructeurs automobiles se battent pour limiter le projet. En tout cas, ils avancent deux arguments pour essayer de calmer les ardeurs de Bruxelles. Le premier est technique. Impossible, disent-ils, d’être au rendez-vous à temps, en 2012, parce que, tout simplement, le développement d’un modèle prend cinq à sept ans et que les technologies ne sont pas au point aujourd’hui pour réduire autant la pollution. Si le taux de CO2 était de 190 grammes en 1995, il a à peine baissé ces dernières années. Le second argument est financier. Selon une grande banque, Crédit Suisse, la mise aux normes coûtera la bagatelle de 15 milliards d’euros. Pour Volkswagen, la facture dépasserait 3 milliards, pour PSA Peugeot Citroën un milliard. Ce n’est pas rien. Les industriels discutent donc du projet avec le Parlement européen, dernière étape avant un vote des ministres européens. Lundi soir, la commission industrie de ce Parlement a fait un pas vers les constructeurs, en étalant sur quatre ans la mise aux normes. Un délai de grâce en quelque sorte. Les arguments des constructeurs sont-ils recevables ? On verra la décision qui sera prise dans quelques mois. Bien sûr, beaucoup diront que le lobbying des constructeurs n’est pas acceptable, qu’il est d’arrière-garde. Ce qui est intéressant, c’est que la pression est générale. La norme japonaise sera ainsi de 138 grammes en 2015. Ce qui est intéressant aussi, c’est que ce débat est ultra politique. Angela Merckel a pris fait et cause pour les constructeurs allemands. Le poids de l’industrie automobile est tel que les ambitions écologiques sont "polluées" par des considérations économiques et sociales : pas question de plomber tout un secteur fragile en ce moment, sur l’emploi notamment. Ce qui est intéressant enfin, c’est que Bruxelles s’efforce de monter un dispositif qui va être très complexe alors que la France a pris une autre voie, plus simple, celle du bonus-malus. Celui-ci n’est pas totalement satisfaisant puisque les achats de véhicules dépendent des ressources de chacun, mais il a l’avantage d’être compris par tous, d’être lisible, et efficace. Et efficace tout de suite. Donc, en attendant mieux, bravo la France !

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