Le gouvernement a décidé de prolonger la prime à la casse pour soutenir le marché automobile. Est-ce une bonne idée, Dominique ? Alors, premier point, oui, le gouvernement a pris sa décision. A vrai dire, il y a encore un peu de cafouillage, parce que Christine Lagarde, la ministre de l’économie, a indiqué que la prime serait prolongée en 2010 et en 2011, tandis que Patrick Devedejian, le ministre de la Relance, parle, lui, de la fin 2010. Et puis, Christian Estrosi, pour l’Industrie, a aussi fait entendre sa voix. Ce n’est pas grave, le dispositif n’est pas encore calé, mais le principe est acquis. Maintenant, est-ce une bonne idée ? Ecoutez, je dois battre ma coulpe - à la radio, cela ne se voit pas - parce que quand la prime à la casse a été annoncée, j’étais sceptique sur un mécanisme de soutien artificiel du marché automobile : pourquoi ne pas aider les fabricants de machines à laver ? Et puis, il faut le reconnaître, cela a bien marché. La prolongation est une autre affaire, un, deux ans, c’est trop long, mais on ne peut plus rejeter d’un revers de la main cette idée. Quel bilan pour cette prime de 1.000 euros versée, rappelons-le, pour l’achat d’un véhicule neuf à ceux qui se séparent d’un autre, vieux de plus de dix ans ? Depuis janvier, 320.000 véhicules neufs ont été achetés dans ce cadre en France. Une partie aurait de toute façon été achetée, mais une partie seulement. Il faut dire qu’avec le bonus malus, l’aide de l’Etat peut atteindre 1.700 euros sur une petite voiture qui en vaut 8.500. Pour les marques françaises, cela a été une opération "sauvetage" totale. Du chômage partiel, des licenciements, des arrêts complets de production ont été évités. Les stocks de voitures invendues ont été liquidés, à tel point qu’il faut attendre trois mois pour avoir une Twingo. Ce que je veux dire, c’est que la panne d’activité dans ce secteur automobile, a été tellement violente, avec des baisses de production fin 2008, de 30 ou 40% que toutes les réticences sautent. La prime à la casse a été en fait une prime anti-casse. Elle a d’ailleurs été imitée : en Allemagne, elle est de 2.500 euros, et aux Etats-Unis. Là-bas à 3.000 euros, elle a fonctionné juste cet été mais 700.000 voitures en ont profité ! Elle n’a quand même pas que des avantages ? Le premier problème, c’est le sujet d’aujourd’hui, celui de la « sortie », le marché risque de s’effondrer, ce qui s’était passé en 1994. Prolonger les primes, c’est repousser le tas de sable devant soi. Le second problème est que ces voitures achetées avec la prime ne sont pas toutes fabriquées en France. Chez PSA, la 107 l’est en Tchéquie, la 207 à moitié en Slovénie. Chez Renault, la Twingo vient de Slovénie aussi, la Mégane d’Espagne. Dommage ? Sans doute mais les clients veulent des prix très bas, et on peut se dire que les entreprises sont françaises. Au total, donc, l’ « opération prime » a un bon rendement ? Elle coûtera 400 millions d’euros, c’est à mon avis un meilleur rendement que la baisse de la TVA dans la restauration, par exemple, plus de 3 milliards. Elle permet aussi de renouveler le parc automobile avec des véhicules moins polluants en CO2, nettement plus vite que ce que fera la taxe carbone.

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