François Rebsamen, le ministre du Travail, a-t-il fait une gaffe en évoquant le contrôle de la recherche d’emploi des chômeurs ?

Oui, il a fait une gaffe ; et même une boulette politique, mais pas pour les raisons que l’on croit. Le côté minime de la gaffe, c’est d’avoir lancé cette polémique le jour même où François Hollande, lui, annonçait un plan pour le numérique à l’école. Personne n’a parlé du plan et les SMS ont dû chauffer entre l’Elysée et le ministre ! Le côté plus ennuyeux, c’est d’avoir évoqué ce sujet tabou à gauche alors qu’une partie des socialistes avalent mal la séquence pro-entreprises. Maintenant, la grosse conséquence de la gaffe, ce sera si elle conduit les syndicats, CFDT en tête, à refuser de s’assoir à la table de négociation sur d’autres sujets.

Bon, ça c’est la politique, mais relancer ce débat, est-ce une hérésie économique ?

C’est maladroit de lancer le débat quand la croissance est nulle et que les offres d’emploi sont rares. Cela dit, oui, il y a une réalité que l’on connaît depuis longtemps. La France est un pays généreux pour ses allocations chômage mais le contrôle de la recherche d’emploi est limité. Face à un demandeur d’emploi particulièrement peu zélé, l’organisme peut au maximum suspendre les allocations pour deux semaines à deux mois. Au nom de quoi ce serait interdit d’en parler ?

Vous disiez que François Rebsamen s’est pris les pieds dans le tapis mais pas pour les raisons que l’on croit…

Le problème c’est que sa sortie risque de tuer dans l’œuf une réforme qui est en train de mettre en place discrètement, depuis un an. Dans quatre régions, des équipes spécialisées ont été constituées pour lutter contre la fraude. Elles réclament des justificatifs de recherche d’emploi, vérifient que la personne s’est bien connectée au site Internet pour regarder les annonces. Selon Le Monde, entre 6 et 7% des chômeurs auraient été repérés et sanctionnés. Ce n’est pas nul mais cela n’est pas énorme non plus. Les syndicats ne sont pas contre. Eh bien, si cette expérimentation n’était pas généralisée, ce serait dommage.

Le gouvernement aurait, pensez-vous, surtout intérêt à avancer sur d’autres sujets moins conflictuels mais importants aussi…

Un document interne au gouvernement que j’ai sous les yeux recense dans le détail la complexité de ce que l’on appelle les seuils sociaux dans les entreprises. Des obligations de négocier, de créer telle instance ou de payer telle cotisation se déclenchent en fonction du nombre de salariés. Sachez qu’en dessous de cinquante salariés, il y a 21 seuils différents ! Des obligations s’appliquent aux entreprises de neuf salariés au plus, d’autres à plus de neuf salariés, d’autres à moins de dix, d’autres à au moins dix, moins de onze, onze au moins, 20, 49 etc. C’est effarant et on se dit qu’il faudrait faire en sorte de contrôler le travail du législateur !

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.