Vous commentez la manifestation des agriculteurs à Paris…

Oui, au-delà de l’admiration pour un métier ô combien difficile, il faut se demander pourquoi cette crise en est arrivée là. La FNSEA, le principal syndicat agricole, réclame dans l’immédiat des aides à la trésorerie, des allégements de cotisations sociales, et des dégrèvements fiscaux. Il ne fait aucun doute que le gouvernement, comme tous ses prédécesseurs va ouvrir son carnet de chèques : une pincée sociale ici, une cuillerée fiscale là, et la promesse de porter les cahiers de doléances à Bruxelles. Bref, il fera du … chiraquisme. Mais chacun devine que ce n’est pas le sujet fondamental. Le sujet essentiel est le positionnement de notre agriculture dans le marché mondial et européen. On est bien obligés de remarquer que les céréaliers, les producteurs de blé, de maïs, d'orge, de de colza, comme les sucriers, vont plutôt bien. Ils sont insérés dans la mondialisation, ont su se constituer en grandes coopératives, en filière industrielle – que l’on pense au groupe Sofiprotéol devenu le groupe Avril. En revanche, les éleveurs de porc, de bovins et de lait sont restés des nains sur le plan économique. Ils sont 200.000, bien plus nombreux que les Allemands, peu puissants face aux distributeurs. Cette profession est certes humiliée avec un prix du litre de lait dérisoire, 30 centimes le litre. Mais elle paie aussi son imprévoyance : ce qui la bouscule, c’est la fin des quotas laitiers entré en vigueur le 1er avril dernier, mais annoncée il y a … seize ans ! Dans le lait, des concentrations sont inévitables comme dans la filière porcine.

Mais les éleveurs mettent aussi en cause la concurrence déloyale allemande et les règlementations.

L'Europe doit mieux vérifier que les autres pays appliquent aussi strictement les règles sur les nitrates par exemple. Les conditions du travail détaché méritent également d'être revues. Mais il ne faut pas exagérer. On parle toujours des roumains qui travaillent dans les exploitations allemandes, mais les Pays-Bas et l'Irlande grimpent dans les palmarès sans eux. L'Allemagne a choisi la viande d'entrée de gamme, la France a tout pour s'imposer dans le haut de gamme. Pour le reste, elle doit accepter les règles de la compétitivité, s'organiser et approche économique et non plus politique.

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