L'édito éco de Jean-Marc Vittori, du quotidien les Echos Le prix du pétrole a beaucoup monté hier. Allons-nous payer notre essence ou notre gazole plus cher ? Eh bien oui, sans nul doute. Vous savez, pour aller du pétrole à l’essence, il suffit de passer par une raffinerie. Ce n’est pas très compliqué. Le seul vrai moyen de faire baisser le carburant, ça serait de baisser les taxes qui font les deux tiers de son prix, et ça il n’en est absolument pas question, à la fois parce que l’Etat a trop de déficit et qu’on parle plutôt ces derniers temps de créer une taxe carbone. Résultat : le litre de gazole a de nouveau dépassé un euro, celui du sans plomb 95 1,25 et ça va continuer. Les aoûtiens paieront plus cher le plein au retour qu’à l’aller. Seule consolation : c’est tout de même moins cher que l’été dernier, quand le super dépassait 1,50 euro. Alors pourquoi cette hausse des cours pétroliers ? Parce que l’économie mondiale va moins mal. La production industrielle descend moins vite aux Etats-Unis, et elle recommence franchement à monter en Chine. Et puis, comme les investisseurs ont moins peur du risque, ils vendent leurs dollars, qui étaient une sorte de refuge, pour acheter d’autres monnaies. La hausse des prix du pétrole compense en fait la baisse de sa monnaie de facturation. Le baril va-t-il à nouveau atteindre les 100 dollars ? Dans les prochains mois, bien malin qui pourrait le dire. Le pétrole est une matière aujourd’hui indispensable, pour les moissonneuses batteuses, les usines et les voitures. Il suffit qu’il en manque un tout petit peu, 1 ou 2%, pour que les prix s’envolent comme l’été dernier. A l’inverse, un tout petit excès fait s’effondrer les cours, comme cet hiver. Il se passe exactement la même chose sur un autre marché vital comme celui du blé. Dans six mois, le baril pourrait aussi bien être à 40 dollars qu’à 110 dollars. Mais en revanche, à plus long terme, dans trois ou quatre ans, il est pratiquement certain que le pétrole coûtera bien plus cher qu’aujourd’hui. Pourquoi cette quasi-certitude d’un pétrole plus cher ? Tout simplement parce que plus nous en brûlons, moins il en reste sous terre. L’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie, le club des pays consommateurs, rappelait hier dans les colonnes de notre confrère anglais " The Independent " que la production pétrolière risque de culminer dans dix ans. Après le sommet, logiquement, la production va descendre. Avec quoi fabriquerons-nous alors notre énergie ? Il y a plein de charbon, mais c’est très sale. Et solaire, l’éolien et les autres énergies renouvelables ne suffiront pas, ou pas encore. Il faudrait donc relancer la recherche de pétrole... Oui, mais c’est très compliqué. D’abord, ça coûte très cher – les investissements se comptent en centaines de milliards d’euros par an. Ensuite, les pays qui ont les plus grandes réserves, notamment au Moyen-Orient, limitent les investissements. Ils préfèrent dépenser l’argent autrement et ferment la porte aux grandes majors occidentales comme Total ou Exxon qui seraient prêtes à venir creuser des trous. Enfin, les nouveaux gisements, comme les sables bitumineux du Canada, sont à la fois très coûteux à exploiter et très mauvais pour l’environnement. L’ère du pétrole pas cher est sans doute terminée. C’est une bonne nouvelle pour la planète – mais nous devrons tous faire des efforts pas très agréables pour nous y habituer.

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