Bonjour Catherine Chatignoux. La Bourse d’Athènes a rouvert ses portes hier après cinq semaines d’interruption. Même si elle a chuté, ce qui était prévisible, est-ce quand même le signe d’un début de normalisation de la situation économique et politique en Grèce ?

J’aimerais bien vous répondre oui. J’aimerais pouvoir vous dire que depuis l’accord du 13 juillet dernier où les Européens ont évité le Grexit, le ciel s’est dégagé pour la Grèce qui s’apprête à bénéficier d’une nouvelle injection d’argent frais et à repartir d’un bon pied. Mais je ne vous le dirai pas, tout simplement parce que c’est faux.

La réalité c’est que la Grèce n’est toujours pas à l’abri d’une brutale sortie de l’euro. Au moins pour trois raisons.

D’abord, à cause de la position ambivalente du FMI qui pose des conditions à sa participation à ce 3e plan d’aide qui devrait quand même dépasser les 80 milliards d’euros.

Il veut d’abord que la Grèce montre sa bonne volonté en faisant voter tambour battant une longue liste de réformes en préalable au moindre déblocage de fonds. (Je note au passage que le FMI a décidé hier de prêter 1,7 milliard de dollars à l’Ukraine et 1,2 milliard à l’Irak sans se poser autant de questions sur ses chances de se faire rembourser)

Mais le Fonds monétaire international veut aussi que les Européens fassent un geste pour alléger la dette grecque et la rendre soutenable.

Mais là Angela Merkel n’est pas d’accord : elle ne cesse de répéter qu’elle ne veut pas réduire la dette grecque…

C’est le vrai risque : comme les Allemands veulent d’un côté que le FMI fasse partie du tour de table mais que de l’autre ils refusent de réduire la dette, l’accord semble hors de portée.

Quelle est la deuxième raison d’un échec possible des discussions ?

C’est la situation politique en Grèce. Le premier ministre Alexis Tsipras a avoué lui-même devant son Parlement qu’il avait accepté à Bruxelles un « mauvais accord » . Il ne croit pas une seconde à l’efficacité du plan qu’il explique avoir signé sous la contrainte. D’où une double défiance, celle de son parti, qui parle de trahison, lui qui avait promis la fin de l’austérité et celle de ses partenaires européens plus inquiets que jamais sur les intentions réelles du premier ministre et qui doutent de sa capacité à faire avaler aux Grecs une potion si amère qu’elle donne la nausée à la majorité de la classe politique et de la population . D’autant que l’autre grande inconnue, c’est la capacité de l’économie elle-même à supporter le nouveau tour de vis budgétaire que veulent lui imposer ses créanciers.

C’est le troisième risque d’échec ?

Oui ! Car l’économie grecque est dans un état déplorable. On s’attend désormais à une récession d’au moins 4% cette année. Dans ces conditions, imposer des flopées de réformes et relever la TVA et les cotisations sociales paraît irresponsable. Plus le temps passe, plus l’économie périclite et plus le déclin sera irréversible.

Si les Européens ne comprennent pas qu’on ne peut pas toujours demander plus aux Grecs sans jamais leur donner le moindre signal d’espoir, sans les laisser reprendre leur souffle, alors oui on court au Grexit.

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