L’Union européenne vient de publier, comme tous les deux ans, les dernières statistiques sur la démographie dans ses 27 pays. Des données qui ont un rapport étroit avec l’économie.

C’est un rapport qu’on trouve depuis ce week-end sur le site d’Eurostat, l’organe statistique de l’Europe, et qui n’a fait l’objet d’aucune publicité. C’est dommage, parce qu’il apporte des éléments intéressants sur notre avenir et alimente aussi les débats sur un sujet controversé comme l’immigration. On sous-estime toujours les liens entre les tendances lourdes de la démographie et l’économie. Par exemple, la force de la croissance américaine s’explique en partie –pas seulement mais en partie- par une démographie ultra-dynamique depuis longtemps. Autre exemple : regarder la croissance d’un pays émergent sans regarder sa démographie a peu de sens. Si l’Egypte a une croissance de 5% mais que sa population augmente de 5% par an, le niveau de vie par habitant n’augmente pas ! Revenons à l’Europe et ses 500 –501 précisément– millions d'habitants.

Il y a deux bonnes nouvelles. La première est que le taux de fécondité remonte (doucement) partout ou presque en Europe. Il avait beaucoup baissé entre 1980 et le début des années 2000, il regrimpe. Il est en moyenne de 1,6 enfant par femme –contre 1,47 il y a six ans. En Bulgarie, en Estonie, en Lituanie, c’est très net. C'est en Irlande et en France qu'il est le plus élevé –plus de 2– alors qu'il reste au plus bas en Allemagne –1,36. De cette poussée, l'étude tire une conclusion encore très fragile : dans un premier temps, un pays qui s'enrichit « fait » moins d'enfants, mais dans une seconde étape, il a les moyens de mettre en place, si la culture sociale l'accepte, des moyens de garde d'enfant et de conciliation de vie personnelle et professionnelle pour les femmes. Donc, premier point, le taux de fécondité repart. Second point positif, l'espérance de vie progresse partout aussi : 82,4 ans pour les femmes, 76,4 pour les hommes. Là encore, la France est 1ère sur 27 pour les femmes. Bravo ! Mais seulement 5ème sur 27 pour les hommes. C'est bien, mais moins bien !

Quelles conséquences économiques de ce paysage ? Simples. D'un côté, le taux de fécondité progresse, mais reste (à 1,6 enfant par femme) en dessous du taux nécessaire pour le simple renouvellement des générations –2,1. De l'autre côté, les Européens vivent plus longtemps, donc l'Europe vieillit. Si on mélange tout cela et on rajoute le fait que les baby boomers nés après 1945 prennent leur retraite, les prévisions montrent que la population active, celle qui a entre 20 et 64 ans, va baisser en Europe dès 2014, c'est-à-dire demain. Pour maintenir les équilibres économiques et financiers, il n'y a pas trente-six solutions. Il n'y en a même que deux. Travailler plus longtemps –et ce sont les réformes des retraites ou faire appel à l'immigration (32 millions de non-Européens vivent dans l'Union) pour apporter de la main d'oeuvre. Parce que les immigrants arrivent jeunes. A lire ces projections démographiques d'Eurostat, ces choix sont inéluctables.

Le sont-ils ? Il manque un aspect essentiel, qui est que l'Europe compte beaucoup de chômeurs -une armée de réserve comme dirait Marx. Mais il est clair que la démographie va continuer à peser lourdement sur les débats sur la retraite et l'immigration.

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