Ce matin, vous avez trouvé un point commun, un point d’accord, entre les différents candidats à la présidentielle. Peut-être le seul en matière économique.

Je reconnais que c’est difficile. La campagne se durcit tous les jours, au fur et à mesure que le paysage s’installe. Hier, François Bayrou a assuré qu’en cas de victoire de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande, il y aurait un risque (je cite) « de révolution ». Hier matin, Arnaud Montebourg a qualifié ici même le chef de l’Etat de « gamin mal élevé ». Et le président sortant juge (je cite aussi) que son challenger socialiste est « nul ». Bref, sur la plupart des sujets, le ton est à la baston. Mais il y a un point d’accord : le taux des prélèvements obligatoires, en clair les impôts et les cotisations sociales, va prendre l’accélérateur vers le haut au cours des années qui viennent.

Comment le sait-on ?

Nicolas Sarkozy présentera son projet chiffré demain. Mais on peut s’appuyer sur les engagements qu’il a pris au nom de la France vis-à-vis de l’Europe pour diminuer les déficits publics. Dans les documents envoyés à Bruxelles, il table sur un taux de prélèvements égal à 46% du PIB en 2016, un peu plus de deux points de plus qu’aujourd’hui. François Hollande, lui, a inscrit dans son programme le chiffre de 46,8% cette même année 2016. 46%, ce serait tout simplement un record dans l’histoire de l’après-guerre !

Cette hausse annoncée des « P.O » est-elle, en tous cas, nouvelle ?

C’est un tournant radical. En 2007, Ségolène Royal et François Bayrou voulaient les stabiliser. Nicolas Sarkozy avait évoqué une baisse de 4 points. Evidemment, c’était avant la crise.

Les candidats sont cette fois discrets, non ?

Oui, et on les comprend. Ils se cachent derrière de la technique pour expliquer que la hausse des prélèvements vient mécaniquement du redémarrage de la croissance parce qu’il y a des élasticités positives. En clair, les rentrées d’impôt rebondissent plus que proportionnellement quand l’économie repart … La réalité, c’est que pour baisser les déficits sans afficher de coupes claires dans les dépenses, ils choisissent le levier des recettes. Du côté de N. Sarkozy, des hausses déjà votées vont produire petit à petit leurs effets ; et il y en aura d’autres, sur les grandes entreprises et les ménages avec un rabot sur les niches – 4 milliards. Du côté de F. Hollande, c’est assumé et dans des proportions plus vastes. Il y a beaucoup de choses, mais tout le monde sera concerné par le relèvement des cotisations retraite : 1% du salaire direct et indirect en moins d’ici cinq ans, partagé entre l’entreprise et le salarié.

Et çà, cela suffit à faire grimper les prélèvements au plafond ?

Non ! Et c’est ce qui est bizarre (voire louche). Pour faire monter les « P.O » de deux ou trois points, il faudrait une bonne hausse de TVA ou de CSG. Du coup, deux hypothèses. Soit les candidats trichent en affichant des taux de P.O élevés (des recettes) pour réduire les déficits tout en les sachant gonflés. Soit les candidats cachent des vrais tours de vis à venir. CQFD.

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