Le rachat de Bouygues Telecoms par Orange a donc échoué vendredi soir. Quels gagnants, quels perdants ?

On va commencer par l'anecdotique ! Les plus gros perdants, ce sont les banquiers d'affaires qui ont travaillé pendant quatre mois pour tout le petit monde des télécoms, chez Rotschild, Lazard, Jean-Marie Messier, et qui ne vont rien toucher -pas un sou- parce que c'est la règle quand un deal ne se fait pas. Ils sont furieux. En revanche, pour les avocats payés à l'heure, c'est bingo ! Plus sérieusement, les vrais gagnants, ce sont nous, les consommateurs -en tous cas à court terme. Quatre opérateurs télécoms et non pas trois, c'est la guerre des prix qui va continuer, puisque le but du passage à trois était de reconstituer des marges dans un monde où elles sont laminées. Après, la question est de savoir si le consommateur ne sera pas à moyen terme perdant avec moins d'investissements dans la couverture 4 puis 5G et la fibre optique. Je ne le crois pas, mais c'est vrai que la France se singularise avec des prix du mobile très bas -on a des forfaits à 4 euros !-, mais avec une couverture et une qualité plus moyenne qu'ailleurs.

Au-delà, qu'est ce qui passé pour que cette opération échoue ?

La raison la plus simple est que c'était une opération affreusement compliquée qui faisait intervenir Bouygues et Orange bien sûr, mais aussi Patrick Drahi et SFR, Xavier Niel et Free, et l’État -qui est au capital d'Orange. Avec des enjeux financiers (10 milliards), de partage d'antennes, de boutiques, juridiques etc. etc. Mais l'échec, comme souvent dans la vie ou en politique c'est aussi une question d'hommes et d'egos. Martin Bouygues était vendeur, mais à presque 64 ans, il a eu l'impression qu'on voulait l'humilier -et qu'il avait passé l'âge de ça. Il faut savoir que le groupe Bouygues, il l'a hérité de son père, mais la branche télécoms, il l'a construite de ses mains. Il voulait bien saborder sa marque mais il voulait en contrepartie avoir un vrai rôle chez Orange. Cela étant, c'est lui le grand perdant. Niel a préféré continuer à utiliser le réseau des autres que d'avoir le sien. Macron, lui, ne voulait évidemment pas qu'on puisse lui reprocher plus tard -si il avait des ambitions politiques- d'avoir mal défendu les prérogatives de l’État. Il a tendu la corde un peu trop fort. Bref, c'est un beau gâchis. Mais il n'y a pas mort d'homme non plus.

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