Dominique Seux revient sur le sujet -classique- de la rémunération des dirigeants d’entreprise.

Jean-Dominique Senard nouveau PDG de Nissan-Renault aurait refusé la rémunération proposée
Jean-Dominique Senard nouveau PDG de Nissan-Renault aurait refusé la rémunération proposée © AFP / Behrouz MEHRI

Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, il se passe quelque chose d’extraordinaire : le mécontentement, notamment sur le pouvoir d’achat, et la demande de justice s’adressent exclusivement à l’Etat. C’est paradoxal dans la mesure où le pouvoir d’achat est en premier lieu entre les mains des entreprises. 

Eh bien, les rémunérations des dirigeants vont créer un nouveau point d’attention, le gouvernement en tous cas est prêt à sauter sur l’occasion pour prendre des mesures contre les plus riches. 

Qu’a-t-on appris ? On va commencer par parler du bon élève. Renault a publié hier la rémunération de Jean-Dominique Senard, le nouveau président du groupe Renault-Nissan, 450.000 euros par an en salaire fixe, sans part variable, au même niveau que les dirigeants de la SNCF et d’EDF. Jean-Dominique Senard aurait refusé la rémunération deux fois plus importante qui lui était proposée. 

Tout cela est beaucoup d’argent, mais on est à des années-lumière des revenus de Carlos Ghosn. Le conseil d’administration de Renault a, hier aussi, limité au maximum les émoluments de l’ex-PDG dans la limite du droit. Aucune clause de non-concurrence, actions de performance et retraite-chapeau ne lui seront versés. A nouveau arrêté cette nuit, Carlos Ghosn a de toute façon d’autre souci en tête. Bref, Renault réussit à éviter toute nouvelle polémique sur cette question. 

Mais le gouvernement est prêt à encadrer les retraites chapeau. 

L’affaire qui fait grand bruit depuis 48 heures est l’attribution à Tom Enders, le patron sortant du groupe Airbus, d’une retraite de 1,3 million d’euros par an pendant vingt ans, soit 26 millions d’euros au total. Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, travaille, selon les informations des Echos, à un plafonnement des retraites chapeau nettement inférieur à ce chiffre ou sur une limite en pourcentage des revenus. 

En réalité, la fiscalité des retraites chapeau a été extrêmement durcie depuis dix ans et les entreprises n’en prévoient quasiment plus. Alors, pourquoi Airbus en a attribué à Tom Enders ? Parce que la société est juridiquement aux Pays-Bas (elle est européenne) et que ce n’est pas le droit français qui est applicable. Pourtant, les actions d’Airbus sont bien cotées à Paris aussi, et il n’y a pas de raison que le droit français ne s’applique pas aux sociétés cotées à Paris. A la Bourse de Londres, le droit britannique s’applique. Suivons l’exemple d’Outre-Manche – sur ce point.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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