Et la réponse est effectivement oui. L’information est passée presque inaperçue, mais le Crédit Agricole Ile-de-France a annoncé il y a quelques jours la fermeture d’une cinquantaine d’agences sur les 325 de la région parisienne – ce qui fait 15% en moins, c’est beaucoup. La semaine prochaine, un projet du même type (mais de moindre ampleur) sera discuté au sein de la Société Générale. Partout, on réfléchit à l’avenir de la banque de proximité face aux nouvelles habitudes des clients. Et c’est intéressant parce que ce questionnement touche en réalité de plus en plus de secteurs d’activité. On l’a vu pour les librairies, la diffusion de la musique. Mais ce n’est qu’un début.

Pour les banques, c’est un tournant ? Une révolution. Depuis toujours, le nombre d’agences a progressé, avec une accélération en 1968 – c’est peu connu – quand les accords de Grenelle ont rendu obligatoire le paiement des salaires par chèque. La France compte aujourd’hui 40.000 agences. Mais voilà la proportion de clients se déplaçant dans leur agence fond comme neige au soleil. Les tablettes, les smart-phones, les distributeurs remplacent en deux clics la queue au guichet. Et il y a l’émergence de services comme Paypal. Bref, la digitalisation bouleverse tout.Comment les banques réagissent-elles ? Le redimensionnement du réseau, la fermeture d’agences, est une possibilité, notamment parce que la pyramide des âges est favorable, avec beaucoup de départs en retraite à partir de maintenant. Mais d’autres stratégies se cherchent. Ce que font toutes les banques, c’est élargir la palette des services proposés : assurance-vie, habitation, assurance auto, abonnement téléphonique, conseils fiscaux, crédit à la consommation etc. Les conseillers vous harcèlent au téléphone, veulent vous voir. Un grand réseau vend même des voitures ! La question c’est de savoir où s’arrêter ... Pourquoi ne pas vendre du vin ?! Et le problème, c’est qu’un employé qui encaisse les chèques n’est pas forcément un bon conseiller fiscal. La tendance est du coup plutôt d’avoir des grosses agences spécialisées, dans les entreprises, l’épargne ou les particuliers. Bref, il y aura moins d’agences, votre banquier est, sera, virtuel, de plus en plus, ou sera votre conseiller personnel. C’est un changement majeur.Ce bouleversement, vous le disiez, concerne de plus en plus de secteurs. Et il n’est pas incompatible avec le retour du « local » dont on parle souvent. Les achats par Internet pèsent cette année plus de 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires, mais c’est plus du double en Grande-Bretagne. Les agences immobilières sur Internet, la vente de médicaments en ligne, les cours d’université en ligne aussi (les MOOCs), tout cela a et aura des conséquences sur les agences immobilières et les pharmacies du coin de la rue et les universités en dur. C’est une des raisons pour lesquelles l’extension du travail du dimanche est inévitable : exister face au numérique. Tout cela, ce sont des changements déjà réels dans nos vies quotidiennes, mais dont on commence seulement à mesurer les effets économiques.

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