L’impôt sur la fortune revient dans le débat public et des voix demandent son rétablissement. Emmanuel Macron ne va pas aller dans ce sens. Il a raison : il faut savoir si cet impôt créé en 1982 a effectivement contribué à la désindustrialisation du pays. En revanche, la taxation des hauts revenus doit être effective

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X © AFP / PHILIPPE DESMAZES / AFP

Le rétablissement de l’ISF ne figure pas dans la liste la plus récente des revendications des Gilets Jaunes, mais des partis politiques le demandent explicitement. 

Cet impôt est devenu un symbole parce qu’il a été supprimé en une fois, alors que la disparition de la taxe d’habitation, par exemple, a été étalée sur trois ans, ce qui a donné l’impression que les fortunes sont privilégiées. 

On a oublié un épisode du début du quinquennat : début juillet 2017, Edouard Philippe annonce dans son discours de politique générale que la suppression de l’ISF attendra un an ; cinq jours plus tard, Emmanuel Macron le corrige et la fait voter très vite. Entre les deux, les milieux économiques avaient passé le message : si ce n’est pas tout de suite, ce ne sera jamais. 

Anecdote : Philippe Aghion, l’économiste qui demande aujourd'hui un quasi-rétablissement de l’ISF, avait à l’époque conseillé à Macron sa suppression la plus rapide possible. Et demandé le maintien de la taxe d’habitation. Le vent a tourné.  

Fallait-il supprimer l’ISF ? La question mérite d'être précisée : fallait-il supprimer la taxation des actions d’entreprises -ce dont il s’agit puisque le capital immobilier reste taxé ? 

Je pense que oui. Depuis 1982, on a vu partir des capitaux par milliards et plus aucun pays n’a ce type d’impôt. Des entreprises industrielles familiales ont disparu parce qu’elles versaient des dividendes extravagants aux minoritaires pour payer l’ISF, et des gens incompétents ont été parfois nommés à leur tête pour bénéficier de l’exonération au titre de l’outil professionnel. 

La désindustrialisation française n’a pas une seule cause, mais l’ISF en est une. Selon le magazine patrimonial suisse Bilan publié il y a quelques jours, 54 Français très riches habitent en Suisse, avec 81 milliards d’euros, on y trouve la famille Castel, l’actionnaire de Chanel et Patrick Drahi. 

Il faut donc laisser sa chance à cette réforme, le temps de voir si elle marche. C'est je crois ce que va faire le gouvernement. Naturellement, on trouvera des personnalités qui ont préféré acheter des appartements plutôt qu'investir dans des entreprises avec l'économie réalisée. C'est la raison pour laquelle un suivi de cette réforme est nécessaire. Mais elle est trop récente pour abandonner cette expérience.

En revanche, maintenant que le secret fiscal a normalement disparu en Europe, il faut vérifier que les très riches paient bien l'impôt sur le revenu, dont le taux le plus élevé est en France de 55,8%. Vérifier et publier ces informations.

Au total, le plus invraisemblable dans cette affaire est que les milieux économiques se cachent sous la table pour défendre leurs positions.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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