La France s’apprête à vivre au minimum quatre jours d’arrêt, en tous cas dans les transports et les écoles. La différence entre 1995 et aujourd’hui, c’est que la couverture d’un mouvement social est multipliée par cent.

Gare de Lyon Perrache complètement désertée... ici lors de la grève d'avril 2018
Gare de Lyon Perrache complètement désertée... ici lors de la grève d'avril 2018 © AFP / Jeff Pachoud

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On l’a déjà vu avec les gilets Jaunes et les télés en continu. On le voit avec la grève du 5 décembre : jamais un mouvement n’avait été autant pré-annoncé, matin midi et soir chaque jour depuis des semaines. Il y a un quart d'heure (à 7 heures 30 du matin), les mots « grève du 5 décembre » attiraient 43 millions de références sur Google (48 millions à 16 heures !). On a plus parlé à l’avance de ce rendez-vous que du débarquement sur la Lune avant qu’il arrive (l'auteur de ces lignes SAIT que Google n'existait pas en 1969, c'est une image, NDLR pour répondre aux commentaires affligés lus sur Twitter)

Et face à cette hyper-couverture, le gouvernement a perdu la main, avec une communication de sa part très datée. D’un côté, vous avez le rapport Delevoye qui présente vingt pauvres cas types d’évolution des retraites, ceux de Karim, Daniel, Paolo, Sarah, Michel, Louison, etc. tous gagnants, bref à l’ancienne. 

En face, un syndicat d’enseignants créé un simulateur, etmaretraite.fr, qui permet à chacun d’évaluer en ligne son cas personnel. Effet garanti et anxiogène, avec de fortes baisses. La réforme n’étant pas présentée, c’est moyennement crédible, mais cela mobilise les troupes. 

Et il y a les fakes news

C'est un autre type de communication. La complexité du sujet permet à chacun de projeter ses propres fantasmes. Avant-hier, au micro de Léa Salamé, Thomas Piketty a cru pouvoir lever un lièvre en expliquant qu’avec un taux de cotisation de 2,8% au-delà de 10 000 euros bruts par mois, les plus riches étaient les grands gagnants cachés. Léa Salamé a rappelé qu’il n’y aura aucun droit à retraite en face, et elle a bien fait. La vraie conséquence est que des cadres ne bénéficieront plus de la solidarité nationale à un seuil nettement inférieur à ce qu'il est aujourd'hui

Le plus amusant est que Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une réforme qui obligera les classes moyennes (sic, à plus de 10 000 euros par mois) à souscrire à un fonds de pension, tandis que François Ruffin dénonçait lui aussi un cadeau aux riches. Il faudrait savoir, la politique a ses raisons qui font parfois déraisonner. 

Et le gouvernement, direz-vous, sur les fakes news ? Il n'est pas blanc comme neige. Il promet un régime universel alors qu’il négocie discrètement ou laisse négocier à EDF, la RATP et la SNCF des régimes dérogatoires...

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